D’après un rapport émanant de l’administration nationale de la sécurité nucléaire, les États-Unis prévoient de multiplier par deux leur fabrication de noyaux de plutonium.
La question d’une relance de la course à l’armement nucléaire par les États-Unis suscite des inquiétudes. C’est en tout cas l’alerte lancée par le Los Alamos Study Group, un think tank indépendant spécialisé dans les politiques nucléaires, qui s’appuie sur la fuite d’une note interne de la NNSA (National Nuclear Security Administration). Ce document, signé par Dave Beck — administrateur adjoint de la NNSA responsable des programmes de défense — mentionne la mise en œuvre de « modifications immédiates à l’usine de plutonium n°4 du Laboratoire national de Los Alamos afin de soutenir une cadence de production d’au moins 60 noyaux par an », contre 30 actuellement.
En d’autres termes, l’administration Trump entend doubler la production américaine de noyaux de plutonium.
« Pour maintenir la supériorité de notre force de dissuasion, il est impératif d’accélérer sans délai la modernisation de notre arsenal nucléaire ainsi que la remise à niveau des installations et infrastructures associées », affirme Dave Beck.
La détonation d’une arme nucléaire est provoquée par l’implosion d’un noyau de plutonium, déclenchant une réaction en chaîne. Par conséquent, la volonté d’augmenter la production de ces noyaux est perçue comme un indicateur d’une possible fabrication de nouveaux armements nucléaires.
Des réserves déjà conséquentes aux États-Unis
Le projet de loi de finances proposé par Donald Trump pour 2027 prévoit aussi d’accroître les fonds destinés à la production de plutonium. « Ce budget marque en réalité une accélération de l’ensemble des processus au sein du complexe nucléaire, une priorité de plus en plus mise en avant par cette administration », explique à 404 Media Dylan Spaulding, scientifique principal au Programme de sécurité mondiale de l’Union des scientifiques concernés.
Selon lui, la création de nouveaux noyaux de plutonium n’est pas nécessaire, car les stocks existants sont déjà importants et opérationnels.
« Nous disposons de milliers de noyaux qui pourraient être réutilisés. La NNSA a d’ailleurs déclaré publiquement qu’elle comptait recycler ces noyaux pour plusieurs ogives », rappelle le scientifique.
Une augmentation de la production sous le signe de l’incertitude
Pourquoi, alors, relancer la production de noyaux de plutonium alors que des réserves sont disponibles ? « Je pense qu’ils cherchent à gagner en flexibilité dans la décennie 2030 pour pouvoir produire de nouveaux types d’ogives. On observe une demande croissante pour des armes capables de frapper des cibles durcies et profondément enfouies », analyse Dylan Spaulding auprès de 404 Media.
D’après lui, l’administration Trump souhaite aller au-delà de la simple prolongation de la durée de vie de son stock de plutonium, en optant pour « une production complètement renouvelée ». Toutefois, le scientifique juge ce projet de montée en cadence « incertain ». « Cela accentue considérablement la pression sur un système déjà en difficulté pour satisfaire la moitié des besoins », met-il en garde.
En novembre dernier, Donald Trump a ordonné au Pentagone de « lancer des essais nucléaires à parité » avec la Russie et la Chine. À l’exception de la Corée du Nord, aucun État doté de l’arme nucléaire n’a officiellement réalisé de test depuis plus de 30 ans. En France, Emmanuel Macron a annoncé début mars « l’accroissement du nombre d’ogives nucléaires » dans l’arsenal militaire, sans fournir de données précises.
