Le plus récent rapport du ministère américain de l’Agriculture prévoit une diminution de la production mondiale de céréales, notamment de blé, pour la période 2026-2027. Sa publication a immédiatement entraîné une flambée des prix, même si certains spécialistes jugent les estimations de la récolte européenne trop basses.
Les prévisions annoncent une baisse des récoltes de céréales à l’échelle internationale pour 2026-27 : la fin de l’abondance en production et en stocks bien fournis se répercute déjà sur les marchés, provoquant une envolée des prix du blé, du maïs et du soja. Le rapport annuel du ministère américain de l’Agriculture (USDA), dévoilant les projections mondiales de production, d’exportation et de stocks – toujours très attendu à cette période –, livre un premier aperçu de la nouvelle campagne, qui débute avec les premières moissons de juillet dans l’hémisphère Nord.
Mardi soir, tous les marchés des grains — blé, maïs, soja, colza — ont vu leurs prix grimper à la suite de la publication. Le blé, ingrédient de base du pain, a enregistré une hausse de près de 7 % par rapport à lundi sur le marché de Chicago, tandis que maïs et soja progressaient plus modérément, entre 1 et 1,5 %. Cette tendance, bien que plus tempérée, s’est prolongée mercredi.
Ce rapport, connu sous le nom de Wasde, marque la fin d’une période faste : pour 2027-26, l’USDA anticipe une production mondiale de blé en chute à 819,1 millions de tonnes (-3 % par rapport à la saison précédente), avec des baisses notables chez les grands exportateurs tels que les États-Unis, l’Union européenne (UE), l’Argentine et l’Australie. La production américaine, qui reculerait de 11 millions de tonnes, subit lourdement l’impact d’une sécheresse persistante dans les Grandes Plaines.
« Au Kansas, principal producteur de blé du pays, l’USDA a récemment signalé que 65 % des terres arables et 64 % des sous-sols souffraient d’un manque d’eau », indique Carsten Fritsch, expert chez Commerzbank.
Par conséquent, le rapport s’attend à une contraction des stocks finaux de blé, ce qui pourrait encore renforcer la hausse des prix sur le marché.
Des analystes nuancent ces prévisions
Néanmoins, selon Argus Media, l’ampleur des prévisions de baisse pour la récolte mondiale de blé semble surestimée.
« Nous pensons que l’USDA sous-évalue la production de blé de 8 à 10 millions de tonnes en Europe et en Russie, où les conditions de culture restent favorables », a estimé Maxence Devillers, analyste chez Argus Media.
« Il est logique que les projections diminuent après les rendements exceptionnels de l’an passé. Mais en l’état, nous considérons que l’USDA accentue artificiellement le déséquilibre mondial », ajoute-t-il. Certains experts avancent que l’USDA a pris en compte divers facteurs de risque : au-delà du recul des surfaces plantées en blé ou en maïs, une part d’incertitude découle de l’arrivée du phénomène El Niño et de la persistance des tensions au Moyen-Orient.
De plus, selon Arlan Suderman de la société de courtage StoneX, « le marché des céréales et oléagineux subit la pression de multiples facteurs haussiers », dont la « diminution de la disponibilité des engrais ».
Forte augmentation des prix des engrais
Depuis que le détroit d’Ormuz est bloqué en février, le tarif de la solution azotée – engrais le plus courant en Europe – a connu une envolée de 30 à 40 %, ce qui aura un impact sur les prochains semis et leurs rendements, indique FranceAgriMer, l’organisme public chargé de la diffusion des informations économiques agricoles.
« Faut-il semer ou non ? De nombreux agriculteurs se posent la question. Les prix des engrais sont extrêmement élevés. Il est impossible de produire à perte », a mis en avant Benoît Piétrement, président du conseil spécialisé des grandes cultures à FranceAgriMer, précisant qu’avec les tarifs actuels, « il faut 2,5 tonnes de blé pour acheter une tonne d’engrais », selon les calculs de l’organisme.
En ce qui concerne le maïs, la production planétaire devrait atteindre 1 295 millions de tonnes (-1 %). La diminution prévue des stocks mondiaux s’explique davantage par une demande accrue que par une réduction des surfaces plantées, bien que certains choix soient déjà envisagés en faveur du soja au détriment du maïs jaune aux États-Unis.
Pour le soja, « l’augmentation de la production (+3 %, soit 441,5 millions de tonnes) est absorbée par la hausse de la consommation : en définitive, malgré des niveaux de production records, les stocks restent quasiment inchangés », note Maxence Devillers. La progression des prix du soja s’explique non seulement par la demande croissante pour les biocarburants, mais également par la rencontre très attendue Xi Jinping-Donald Trump, côté américain, qui pourrait relancer les achats chinois de soja aux États-Unis.
