Alors que l’affrontement se poursuit entre Israël et le Hezbollah, le groupe armé soutenu par l’Iran mise de plus en plus sur les drones à fibre optique, que les systèmes de défense israéliens peinent à neutraliser.
Ces engins compacts, économiques et d’utilisation aisée, représentent une nouvelle menace. Les drones explosifs à fibre optique désormais employés par le Hezbollah libanais ont déjà fait plusieurs victimes, mettant à mal les défenses israéliennes, réputées parmi les plus avancées du globe. Alors que le Hezbollah lançait surtout des roquettes, il semble privilégier dorénavant l’usage de drones, alors que les hostilités persistent dans le sud du Liban malgré le cessez-le-feu du 17 avril.
En une seule semaine, deux militaires et un civil contractuel ont perdu la vie suite à des attaques de drones, selon l’armée israélienne – des appareils à fibre optique d’après la presse locale. À la différence des drones classiques guidés par GPS ou radio, qui sont sensibles au brouillage, ces drones innovants sont reliés à leur base de lancement par un câble de fibre optique qui peut mesurer jusqu’à 50 kilomètres.
L’opérateur contrôle le drone en immersion, comme s’il était à l’intérieur, via un écran ou des lunettes de réalité virtuelle, sans nécessiter de formation avancée. Leur maniement n’est “pas plus complexe qu’un jouet d’enfant”, explique Orna Mizrahi, spécialiste du Liban à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv, ajoutant qu’ »on peut s’en procurer partout », y compris sur des sites marchands en ligne.
Typiques des conflits asymétriques où un groupe armé affronte une armée beaucoup plus puissante, ces drones, rudimentaires mais efficaces, ont démontré leur capacité à infliger d’importants dégâts. Ils constituent aujourd’hui un défi majeur pour Israël.
« On a vu ces drones apparaître en Ukraine il y a plus de trois ans, et l’on tire des leçons de ce qui s’y passe », déclarait récemment à des journalistes, dont l’AFP, un haut gradé israélien.
Pour se prémunir contre cette menace, « nous utilisons diverses technologies, dont je ne peux pas révéler les détails. Mais aucune n’est totalement efficace, loin de là », reconnaissait-il. Vendredi, Youssef al Zein, responsable des relations médias au Hezbollah, a expliqué à la presse qu’il s’agissait d’une « tactique » mise en œuvre par l’organisation. « Nous sommes conscients de la supériorité de l’ennemi, mais nous exploitons également ses failles », a-t-il précisé.
Des procédés « low-tech »
Les Ukrainiens, aujourd’hui experts du drone depuis l’offensive russe de 2022, avaient proposé leur aide technique à Israël dès cette année-là, selon l’ancien ministre ukrainien de la Défense. « Nous n’avons reçu aucune réponse concrète », assurait en 2024 Oleksii Reznikov au média israélien Mako, estimant que les Israéliens n’avaient pas mesuré le danger à sa juste valeur.
L’armée « n’a actuellement aucune solution, car elle n’a pas anticipé ce type d’explosifs aussi simples », analyse Orna Mizrahi.
Puisque ce drone « ne transmet aucune image via radiofréquence et ne dépend pas d’un récepteur radio, il échappe à toute détection ou neutralisation électronique », détaille Arié Aviram, spécialiste ayant traité ce sujet pour l’INSS.
L’armée pourrait certes faire appel à ses missiles intercepteurs sophistiqués, ses avions de chasse ou ses hélicoptères, mais à long terme, cela s’avère financièrement insoutenable pour neutraliser des appareils coûtant seulement quelques centaines, voire jusqu’à 4 000 dollars.
