Dans une interview accordée à Libération, Roland Lescure a remis le débat de la contribution des retraités au redressement des finances publiques sur la table. Le ministre de l’Économie en a profité pour défendre le bilan de la décennie d’Emmanuel Macron.
Roland Lescure a peut-être ouvert la boîte de Pandore ce jeudi dans Libération. Au cours d’un long entretien avec le quotidien, le ministre de l’Économie a mis sur la table l’hypothèse d’une contribution plus importante des retraités à l’effort national.
« La question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d’être posée », a indiqué le locataire de Bercy, en vue du budget 2027.
S’il assure vouloir « préserver les retraités les plus modestes », le ministre pourrait ainsi plaider pour la sous-indexation des pensions de retraite. Ce mécanisme consiste à les revaloriser à un niveau inférieur à celui de l’inflation, contrairement à ce que la loi prévoit. Un dispositif qui peut être concentré sur les plus hautes pensions.
Un choix politique risqué
Entre janvier 2022 et janvier 2026, les retraites ont été revalorisées à hauteur d’environ 15%, alors que la France n’a connu que 12% de croissance depuis 2017. Ne pas les revaloriser pourrait permettre d’importantes économies mais également devenir un pari politique très risqué.
Les deux derniers gouvernements ayant tenté de toucher aux retraites ont été renversés. François Bayrou n’y a pas résisté avec son « annéee blanche », qui voulait geler les pensions, tout comme Michel Barnier, qui souhaitait un report de six mois de la revalorisation des retraites. Mais pour ce budget, ces mesures pourraient trouver un écho auprès d’une partie de la gauche.
Roland Lescure anticipe déjà des débats houleux dans l’élaboration de ce budget, surtout à quelques mois de l’élection présidentielle. Il craint que chaque amendement ne tourne « au galop d’essai » pour les candidats, qu’il appelle à voter « un budget sérieux, qu’ils pourront « corriger quand (ils) ser(ont) élu(s) ».
« Je préférerais qu’un budget puisse être adopté par les voies naturelles. Cela s’annonce sans doute plus difficile cette année que l’année dernière mais pas impossible », prédit ainsi le ministre, qui veut éviter la loi spéciale ou les recours au 49.3.
Celui qui revendique être « au coeur de la Macron-économie depuis 2017 » a également défendu le bilan de son gouvernement. Face aux chiffres alarmants du chômage, pointé à 8,3%, il assure que « 30 millions de Français travaillent aujourd’hui, contre 27 millions en 2017 ».
Il revendique également que le taux de chômage est resté « en dessous de 7,5% sans discontinuer entre 2021 et 2025 ». Des chiffres malgré tout assez éloignés du « plein-emploi » souhaité par Emmanuel Macron, au moment de sa réélection en 2022.
Quant au glissement des finances publiques, Roland Lescure assume une politique de protection sociale.
« Nous avons choisi de protéger davantage nos concitoyens que d’autres et peut-être que nous l’avons fait un peu trop et trop longtemps », assume-t-il, en référence à une inflation qui « n’a pas dépassé 5,9% » pendant la crise en Ukraine, quand elle était « proche de 10% » chez certains voisins.
