Ce 11 juillet 2026, Cheb Mami célèbre ses 60 ans. Une date symbolique pour celui que l’on a longtemps surnommé le Prince du raï. Il est devenu une star internationale grâce à son incroyable duo avec Sting sur Desert Rose.
Ce morceau culte a propulsé la musique raï sur toutes les radios du monde au tournant des années 2000. Pourtant, des années plus tard, ce succès planétaire a connu un étonnant rebondissement judiciaire.
Le chanteur a en effet écopé d’une amende de 200 000 euros après une affaire de plagiat portant notamment sur cette chanson devenue mythique. Un épisode venu s’ajouter à un parcours déjà profondément marqué par les démêlés avec la justice.
Le duo avec Sting qui a changé sa carrière
Lorsque Sting prépare son album Brand New Day en 1999, il souhaite ouvrir sa musique à de nouvelles influences. Son choix se porte rapidement sur Cheb Mami, alors considéré comme l’ambassadeur le plus populaire du raï à l’international. Leur rencontre donne naissance à Desert Rose. C’est une chanson qui mélange avec élégance pop rock, sonorités orientales et chant traditionnel algérien.
Le résultat dépasse toutes les attentes. Le morceau grimpe dans les classements du monde entier et devient l’un des plus grands succès de la carrière de Sting. Le clip, tourné dans le désert de Mojave avant de s’achever lors d’un concert de Cheb Mami à Las Vegas, participe largement à cette réussite. Il figure ensuite dans une campagne publicitaire mondiale de Jaguar, offrant au titre une visibilité encore plus importante.
Pour Cheb Mami, cette collaboration représente un véritable tournant. Lui qui rêvait depuis toujours de faire découvrir le raï au-delà du Maghreb voit son souhait se réaliser. L’artiste multiplie ensuite les collaborations avec des chanteurs internationaux, comme Zucchero, Corneille, Diam’s, Kenza Farah ou encore Soolking. Pendant plusieurs années, il s’impose comme l’un des artistes francophones les plus connus à l’étranger.
Comme l’expliquait Sting à propos de leur travail commun, « le chant de Cheb Mami se confondait avec la mélodie comme un cavalier sur sa monture ». Une image qui résume parfaitement la complémentarité des deux artistes.
Une victoire artistique ternie par une condamnation à 200 000 euros
Mais ce succès international va connaître un sérieux revers. En 2015, la justice française condamne Cheb Mami et sa maison de disques EMI dans une affaire de plagiat intentée par le chanteur algérien Cheb Rabah, de son vrai nom Rabah Zerradine.
Après plusieurs années de procédure, le tribunal estime que plusieurs chansons de Cheb Mami reprennent des textes écrits auparavant par Cheb Rabah. Parmi elles figurent Le raï c’est chic, Madanite, Ma vie deux fois, Gualbi Gualbi… Mais également Desert Rose, pour laquelle Cheb Rabah est reconnu co-auteur.
Les juges considèrent que le plaignant « a perdu une chance de gagner une notoriété importante du fait du succès des chansons qu’il avait en réalité écrites ». En conséquence, Cheb Mami et EMI sont condamnés à verser 200 000 euros de dommages et intérêts, répartis entre le préjudice moral et l’atteinte aux droits d’auteur.
Cette décision provoque une onde de choc dans le monde de la musique. Elle vient rappeler que même les plus grands succès internationaux peuvent être remis en question. Surtout lorsque des litiges sur la création des œuvres apparaissent plusieurs années après leur sortie.
Une carrière brillante longtemps éclipsée par les affaires judiciaires
L’affaire de plagiat n’est toutefois pas la seule à avoir profondément marqué la carrière du chanteur. Bien avant ce jugement, Cheb Mami avait déjà vu son image bouleversée par une procédure judiciaire beaucoup plus grave.
En 2009, le tribunal correctionnel de Bobigny le condamne à cinq ans de prison ferme pour tentative d’avortement forcé sur son ancienne compagne. Des faits remontant à 2005. Après avoir quitté la France pendant plusieurs années alors qu’il était sous contrôle judiciaire, le chanteur rentre finalement et les autorités l’interpellent puis l’incarcèrent. Il bénéficiera ensuite d’une libération conditionnelle en 2011.
Cette condamnation entraîne également le retrait de la distinction de chevalier de l’Ordre national du Mérite, qui lui avait été remise quelques années plus tôt pour son rôle dans le rayonnement de la musique algérienne. À sa sortie de prison, l’artiste affirme vouloir tourner la page et se consacrer de nouveau à la musique.
Malgré ces épisodes, Cheb Mami demeure une référence incontournable du raï. On continue de diffuser des titres comme Saïda, Parisien du Nord avec K-Mel, ou encore Desert Rose plus de vingt-cinq ans après leur sortie. Son héritage musical reste considérable, même si son parcours est indissociable de plusieurs affaires judiciaires qui ont profondément changé le regard du public sur celui que l’on considérait autrefois comme le Prince du raï.
