Ce 2 août 2026, Muriel Robin fête ses 71 ans. Le public retient son humour, ses sketchs devenus cultes et son immense carrière.
Pourtant, derrière les éclats de rire, la comédienne a longtemps mené un combat invisible. Alcoolisme, dépressions, burn-out, fausse couche et même embolie pulmonaire ont marqué son existence.
À plusieurs reprises, elle a cru ne jamais pouvoir remonter la pente. Aujourd’hui, elle évoque ce parcours avec une franchise rare.
Trente années d’alcoolisme et quatre dépressions
Pendant longtemps, Muriel Robin a caché une souffrance profonde derrière son succès. Dans le documentaire Alcool au féminin : elles brisent le tabou, diffusé en 2025 sur France 5, elle a raconté comment sa dépendance s’était installée très tôt. Son premier contact avec l’alcool remonte à l’âge de 12 ans, lorsque son père lui fait partager une bouteille de vin.
Très vite, cette consommation devient une habitude. Adolescente, elle boit déjà dans les cafés sans que personne ne s’en étonne. Puis viennent les années de succès à Paris. Les soirées s’enchaînent. L’alcool devient un refuge. « C’était une vraie béquille. Je me sentais tellement différente que j’étais très seule. J’étais en grande souffrance », confie-t-elle.
Au fil des années, cette dépendance prend une ampleur considérable. « Je buvais un litre minimum de champagne chaque soir », révèle-t-elle. L’humoriste explique que chaque émotion négative entraînait automatiquement un verre. « Boire était normal. Je croyais que c’était du plaisir », raconte-t-elle avec lucidité.
Les conséquences sont nombreuses. Son poids grimpe jusqu’à 99 kilos. Son moral s’effondre régulièrement après les spectacles. Elle traversera quatre dépressions, dont certaines particulièrement sévères. Avec beaucoup d’émotion, elle résume aujourd’hui ce sentiment de temps perdu. « Je réalise que c’est trente ans que je n’ai pas vu passer… Je réalise que c’est l’alcool qui me les a volés. C’est cher payé. »
Une fausse couche, un burn-out et une santé qui vacille
Les blessures de Muriel Robin ne se limitent pas à l’alcool. Sa vie personnelle est également marquée par plusieurs traumatismes. Avant d’assumer pleinement son homosexualité, elle évoquera notamment une fausse couche, un épisode douloureux qu’elle a souvent décrit comme l’une des grandes blessures de sa jeunesse.
À cela s’ajoute un burn-out particulièrement violent. Aux alentours de la cinquantaine, la pression accumulée depuis des années finit par la faire s’effondrer. Son corps et son esprit disent stop. Elle doit interrompre ses activités pour tenter de se reconstruire.
Mais l’épreuve la plus spectaculaire survient en 2016, alors qu’elle joue la pièce Momo avec François Berléand. Depuis la veille, elle ressent un malaise inhabituel. Malgré tout, elle monte sur scène.
Très vite, son état se dégrade. « Je sentais que l’énergie me quittait », raconte-t-elle. Puis tout s’accélère. « Je ne parvenais plus à marcher vite, à dire mes répliques assez fort. Tout mon corps était en feu. » Comprenant que quelque chose de grave se produit, elle glisse quelques mots à son partenaire. « Je ne suis pas bien, fais quelque chose. » Quelques instants plus tard, le rideau tombe.
Les médecins diagnostiquent une embolie pulmonaire. Le verdict est glaçant. « Le corps fabrique un caillot de sang qui remonte. S’il est gros, il bouche le cœur. S’il éclate en plusieurs morceaux, il vient obstruer les artères des poumons. Dans les deux cas, on meurt », explique-t-elle. Son caillot s’était divisé en deux. Hospitalisée, elle suit un long traitement sous anticoagulants.
Anne Le Nen, la reconstruction et une nouvelle vie
Malgré ces épreuves, Muriel Robin refuse de sombrer définitivement. Sa reconstruction passe d’abord par la reconnaissance de son alcoolisme. Le véritable déclic survient grâce à Anne Le Nen, devenue sa compagne puis son épouse.
Un soir, après une nouvelle consommation excessive, Anne décide de la filmer. Le lendemain, elle lui montre les images. Le choc est immense. Elle lui annonce également qu’elle quittera la relation si rien ne change. Pour Muriel Robin, cette confrontation agit comme un électrochoc.
Elle accepte enfin de se faire aider et entreprend un sevrage. Avec le recul, elle reconnaît le rôle essentiel joué par sa femme. « Je ne sais pas si toute seule j’aurais réussi », admet-elle. Cette présence constante lui permet de retrouver progressivement une stabilité qu’elle croyait impossible.
Aujourd’hui, la comédienne parle ouvertement de son parcours. Elle souhaite briser les tabous autour de l’alcoolisme, de la dépression et de la santé mentale. Elle rappelle que derrière le rire peuvent se cacher des souffrances immenses.
À 71 ans, Muriel Robin apparaît comme un véritable phénix. Après avoir traversé les pires tempêtes, elle continue de monter sur scène et de témoigner avec une sincérité qui force le respect. Son histoire illustre qu’il est possible de renaître, même après les épreuves les plus sombres.
