Traduit par
Cecile Herrero
Publié le
2 juillet 2026
Les marques de luxe ont renoncé à leur ADN, poussant le consommateur vers d’autres secteurs qui offrent des expériences authentiques. C’est ce qu’affirme Renzo Rosso, patron d’OTB (Diesel, Marni, Jil Sander…), qui est intervenu au Piccolo Teatro à l’occasion de la présentation du nouvel observatoire du CNMI intitulé « Il bello della moda ».
« Lors de la Fashion Week, je constate une déferlante de produits aux prix exorbitants. La pression du marché est forte et l’offre tend à s’uniformiser. C’est pourquoi le consommateur se tourne vers d’autres catégories, telles que la restauration, l’hôtellerie, les voyages, la longévité et la beauté. Les marques du groupe OTB restent fidèles à leur ADN et à leur héritage », observe Renzo Rosso.
Le patron de cette holding de mode, dont le chiffre d’affaires dépasse 1,7 milliard, a fondé la marque culte Diesel il y a près de 50 ans. « Elle a toujours été unique, elle incarne une philosophie, une énergie. C’est une marque qui a révolutionné le monde de la communication. Nous avons fait entrer le denim dans l’univers du luxe. Autrefois, ce n’était qu’un vêtement de travail ; aujourd’hui, on le porte sur les tapis rouges. Avec Glenn Martens, le Diesel d’antan est de retour », ajoute Rosso.
L’entrepreneur originaire de Vicence a récemment été récompensé par Google Cloud pour l’adoption d’un système innovant d’intelligence artificielle. « Nous mettons en œuvre l’IA dans tous les domaines de l’entreprise. Elle optimise le travail ; aujourd’hui, les dirigeants passent trop de temps en réunions. Même dans la vie privée, c’est un outil « ami ». Je suis accro à ChatGPT. Je le consulte même pour des avis médicaux. Mais il faut savoir utiliser l’IA, et la touche humaine reste fondamentale », observe le dirigeant.
« En interne, on me dit que je suis trop rêveur. Depuis toujours, mon souhait est de dialoguer avec le consommateur final. Avec Google, nous avons développé « Try-on », qui vous aide à acheter une tenue oversize. Il n’est pas facile de restituer le tombé d’un vêtement dans l’univers virtuel. Nous voulons regagner la loyauté des consommateurs perdue au fil des ans », affirme Renzo Rosso.
Le numéro un d’OTB mise désormais sur la Vénétie comme Silicon Valley du développement produit. « J’y suis né, c’est une région particulière. Il est plus facile d’amener les cadres à Milan, mais notre région est comme une Silicon Valley pour les lavages, la technologie et les traitements. Milan reste le centre des créatifs, où ils peuvent découvrir d’autres marques, les meilleures boutiques et trouver l’inspiration », rappelle Renzo Rosso, qui s’est toujours engagé, par le biais de sa Fondation, dans des projets de responsabilité sociale. « Avant de mourir, mon père m’a dit : “Souviens-toi que la vie t’a beaucoup donné et que tu dois rendre cette chance à la communauté”. Nous avons restauré le pont du Rialto en un temps record et pour un coût réduit de moitié, passant de 10 à 5 millions, en environ deux ans et demi. La synergie entre les secteurs public et privé est fantastique », conclut le fondateur du groupe italien.
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