Longtemps considéré comme l’un des couples les plus glamour de la famille royale britannique, le mariage entre la princesse Margaret et Antony Armstrong-Jones s’est pourtant rapidement transformé en un véritable enfer. Entre les infidélités, les humiliations et les scandales, comment cette union a-t-elle fini par voler en éclats? On en parle dans le nouvel épisode du « Podcast royal ».
La princesse Margaret, sœur cadette de la reine Élisabeth II, est longtemps restée dans l’histoire comme la « princesse rebelle » ou encore « l’enfant terrible » de la famille royale britannique. Élevée dans un environnement régi par les obligations de la monarchie, Margaret a très tôt souffert d’une réputation qui lui a longtemps collé à la peau, souvent amplifiée par la presse de l’époque.
En 1958, alors âgée de 28 ans, elle rencontre lors d’une soirée privée le photographe Antony Armstrong-Jones, en pleine ascension. Le couple se marie à l’abbaye de Westminster le 6 mai 1960. Mais derrière le glamour de cette union se cache rapidement une relation conflictuelle. Aucun des deux époux n’est prêt à renoncer à sa vie d’avant. Infidélités, alcool, jalousie, violences psychologiques… Les rumeurs se multiplient autour du couple et nourrissent les tabloïds britanniques. Le 2 février 1978, la princesse Margaret divorce d’Antony Armstrong-Jones. C’est l’aboutissement de dix-huit années d’un mariage houleux et dysfonctionnel.
Que s’est-il réellement passé entre les deux époux? Qui était vraiment Antony Armstrong-Jones? Et quelles sont les rumeurs qui ont précipité leur séparation? Dans ce deuxième épisode de la série « Les grands divorces du gotha » du Podcast royal, nous recevons Margaret Macdonald, autrice de l’ouvrage Royales et Rebelles, paru en 2025, pour raconter les coulisses de ce divorce qui a mis Buckingham sens dessus dessous.
Elle se marie et, le 2 février 1978, elle divorce d’Antony Armstrong-Jones après dix-huit ans de mariage et deux enfants. Qu’est-ce qui a eu raison de leur couple?
Dans le cas d’Antony et Margaret, je ne pense pas que ce soit tellement une chose ou une autre, même si son histoire d’amour avec Roddy Llewellyn a beaucoup été au centre des conversations au moment du divorce. C’est plutôt une accumulation. Au moment où Margaret rencontre Antony, elle rencontre un grand photographe de mode. Alors, il n’est pas à proprement parler aristocrate puisqu’il n’a pas de particule. Néanmoins, c’est un garçon de très bonne famille. Il est allé à Cambridge. D’ailleurs, la mère d’Antony a été une des premières femmes à intégrer Oxford.
C’est vraiment un milieu très élitiste. L’idée qu’Antony soit simplement un roturier pêché on ne sait où, ce n’est pas le cas. Il est très glamour. Il incarne toute cette vie artistique, toute cette vie un peu frivole, excitante, très loin de l’austérité de Buckingham. On comprend que, lorsqu’ils se marient, il y ait un véritable engouement autour de ce mariage. Mais très vite, Antony a envie de continuer sa vie de bohème. Même au moment de l’épouser, il a déjà des maîtresses, dont deux de longue date. Il part souvent en reportage. Il ne se plie pas du tout aux codes de Buckingham et retrouve régulièrement ses maîtresses.
L’infidélité, parfois réciproque, parfois des deux côtés, est vraiment le leitmotiv de leur mariage. Même s’ils ont des enfants, tout n’a pas toujours été malheureux. Mais une forme de violence psychologique s’installe entre eux, notamment de la part d’Antony à l’égard de Margaret, qui consiste à constamment vouloir la rabaisser. Il lui laisse des petits mots méchants, ils ont des disputes homériques. C’est vraiment une atmosphère… Avec le vocabulaire moderne, on parlerait de relation toxique. Ce sont toutes ces choses mises bout à bout qui finissent par avoir raison de leur mariage.
C’est le premier divorce dans la famille royale britannique depuis celui d’Henri VIII. Est-ce que le divorce de Margaret et d’Antony Armstrong-Jones fait scandale au Royaume-Uni?
Le divorce de la princesse Margaret et d’Antony fait évidemment un grand scandale. Margaret est énormément remise en cause, ce qui est assez intéressant quand on regarde la relation qu’ils ont eue en détail, puisque Antony était très dur avec Margaret. Évidemment, Margaret avait un grand caractère. C’était une relation psychologiquement violente et dure.
Mais ce qui ressort dans la presse, c’est vraiment l’image du pauvre homme du peuple qui a été un peu abusé par cette princesse horrible qui le trompait, qui se jouait de lui, qui était dédaigneuse, hautaine. Toutes les critiques dont Margaret a pu souffrir pendant sa vie publique, tout d’un coup, la presse les reprend, prend la défense du photographe pourtant infidèle avant même leur mariage et s’attaque à Margaret. Elle a vraiment souffert de ce divorce. C’est très intéressant parce que c’est un exemple de sexisme franchement criant de cette époque.
Antony Armstrong-Jones n’était pas le premier choix de Margaret. Elle avait été folle amoureuse de Peter Townsend, auquel elle avait dû renoncer?
L’ironie est que Margaret finit par divorcer, alors que son premier amour, Peter Townsend, était précisément divorcé, ce qui constituait l’un des principaux obstacles à leur union. Il y a plusieurs éléments. D’abord, il y avait un très grand écart d’âge entre eux. Ensuite, l’histoire veut que la reine Élisabeth ait interdit cette union entre sa sœur et Peter Townsend. Dans les faits, c’est un peu plus complexe, puisqu’elle a plutôt mis des conditions pour protéger Margaret. Autrement dit, elle ne pouvait pas se marier avant ses vingt-cinq ans et, si elle se mariait, elle devait renoncer à ses privilèges.
Ce qu’écrit Peter Townsend dans les années 1970, et ce qui a fortement contribué à la mauvaise réputation de Margaret puisqu’il a lui aussi publié une biographie, c’est que le vrai sujet, pour Margaret, était qu’elle ne voulait pas renoncer à ses privilèges. Elle voulait rester un membre actif de la famille royale. On peut l’interpréter de beaucoup de façons. Mais Margaret et Élisabeth sont restées proches jusqu’à la fin de leur vie. Il est fort possible que Margaret n’ait tout simplement pas voulu abandonner sa sœur dans cette vie compliquée, faite d’apparat, de structures rigides Elles se connaissaient depuis toujours. Elles ont toujours été extrêmement proches et se sont toujours soutenues.
Est-ce qu’il y a eu des obstacles à son mariage avec Antony Armstrong-Jones? Car il n’était ni riche ni aristocrate?
Il n’y a pas vraiment eu de difficulté pour le mariage entre Margaret et Antony. D’abord parce que, il n’était pas aristocrate, mais il était quand même issu d’une très bonne famille. Il est allé à Cambridge. Il fréquentait des cercles très proches de ceux de la famille royale. Oui, il avait un studio d’artiste à Pimlico, mais ce n’était pas non plus l’horreur.
Surtout, au moment de leur rencontre, Margaret doit, pour l’époque, se marier rapidement. Elle avait voulu se marier très jeune, mais finalement, elle était un peu en train de passer du statut de princesse ultra glamour, très Dior, très photographiée, très suivie une influenceuse avant l’heure, à celui de vieille célibataire dont personne ne veut. Arrive alors cet homme très bohème. La famille royale est aussi dans une logique de rafraîchir son image. Elle n’est donc pas mécontente de voir un artiste intégrer la famille, d’autant plus qu’il n’avait jamais été marié.
Le mariage est plutôt bien accueilli. Ils sont très glamour, très beaux, ils font rêver. Et puis nous sommes dans les Swinging Sixties à Londres, une période de foisonnement intellectuel et artistique. On commence à sortir de l’austérité de la Seconde Guerre mondiale. On rebâtit, la pop émerge, on change vraiment d’époque. C’est donc un mariage très regardé lorsqu’il a lieu. Margaret plaisait énormément. C’était une princesse très populaire.
Est-ce qu’on peut dire qu’au début ils ont quand même eu un mariage heureux?
Margaret et Antony ont tout à fait une union heureuse au départ, et surtout très glamour, très photographiée. Je pense qu’après la rupture avec Peter Townsend, Margaret avait eu une période où elle sortait beaucoup. Elle était devenue une icône glamour, certes, mais il y avait aussi un côté très solitaire où elle fumait beaucoup, buvait beaucoup et sortait beaucoup.
Puis elle rencontre Antony et, tout d’un coup, elle laisse tomber les robes de princesse. Elle se met à se déguiser pour lui rendre visite dans son studio à Pimlico. Elle vit quelque chose de complètement différent. On imagine que ça devait être la grande aventure. Antony l’accompagne dans ses fonctions. Je pense qu’au début, cette association devait leur paraître possible. Et au fur et à mesure, ils se sont rendu compte qu’Antony voulait sa liberté. Il voulait être en reportage, il voulait être un photographe et elle, elle avait un cadre extrêmement précis, elle ne pouvait pas faire n’importe quoi. Cette liberté, elle avait un prix et c’était celle de toute personne très exposée.
Antony répond aux rumeurs d’infidélité de façon ambiguë. Par exemple, on lui prête des relations avec d’autres hommes et il répond: « Je ne suis jamais tombé amoureux d’un garçon, mais quelques hommes se sont épris de moi ». Qu’est-ce qui est vrai dans tout cela?
C’est compliqué de répondre parce qu’on a beaucoup prêté de relations homosexuelles à Antony Armstrong-Jones. D’ailleurs, on a souvent pensé que c’était la raison de l’échec de leur mariage. Mais franchement, vu le nombre de maîtresses qu’il avait… Cette rumeur reste une rumeur. Elle n’a jamais été confirmée. Il ne faut pas oublier que l’homosexualité était illégale jusque tard dans les années 1970 en Angleterre. On allait en prison si on avait des relations avec un homme. C’est donc compliqué de vraiment savoir si c’était le cas ou non.
Je pense que c’était simplement un homme volage. Qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel, au final, ça ne change pas grand-chose. Margaret voulait peut-être une relation stable, monogame, et elle est tombée sur un homme pour qui ce n’était pas du tout le mode opératoire. Ce qui est assez étonnant, c’est que, lorsque Margaret l’a épousé, il a eu une petite fille hors mariage quelque temps après. Il a été reconnu comme le père. Cela avait l’air de faire vraiment partie intégrante de sa personnalité. Est-ce que Margaret a pensé, comme beaucoup de femmes avant elle, qu’elle pouvait le changer? C’est difficile à savoir. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle avait un fort caractère, un côté pas commode. Ils étaient horribles l’un avec l’autre.
C’étaient des disputes explosives. Ils se laissaient des petits mots empoisonnés, affreux. Lui se moquait constamment de son physique. Il était monstrueux avec elle. Je pense que, d’une certaine manière, elle le lui rendait bien. Mais ce qu’on sait aussi par ses proches qui ont écrit sur elle, c’est qu’elle a longtemps espéré raviver la flamme entre eux. Lorsqu’elle a commencé à construire sa maison sur l’île Moustique, c’était dans l’idée d’y faire venir Antony et qu’ils recommencent à vivre ensemble comme un véritable couple. Je pense qu’elle y a cru beaucoup plus longtemps que lui.
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Que deviennent Margaret et Antony Armstrong-Jones après leur divorce?
Antony se remarie quasiment tout de suite. Je crois que c’est dans les mois qui suivent le divorce. Ils vivaient déjà une vie séparée depuis un moment. Il aura d’ailleurs d’autres enfants, me semble-t-il, et ce mariage-là se soldera aussi par un divorce. La relation de Margaret avec Roddy finit par s’étioler. Je pense que la différence d’âge a dû jouer. Elle s’enfonce de plus en plus dans un véritable cercle de solitude. Elle fumait et buvait énormément, ce qui a fini par provoquer plusieurs crises et AVC. Elle a terminé sa vie très infirme. Elle est d’ailleurs décédée bien avant sa sœur, ce qui a été une tragédie pour Élisabeth.
Elle passait toujours beaucoup de temps sur l’île Moustique, qui a été un lieu très important, un véritable paradis pour elle. Mais la fin de sa vie est quand même marquée par la solitude. C’est assez triste. En revanche, ce qui est paradoxal, c’est qu’Antony et la princesse Margaret ont eu de bien meilleures relations après leur divorce que pendant leur mariage. C’est quelque part assez mignon. Antony, lui, a rebâti sa vie. Margaret est morte bien avant lui, et très seule.
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Quels secrets et scandales se cachent derrière les monarchies? Chaque semaine, Magali Rangin, cheffe du service culture et people à BFM, reçoit un(e) spécialiste des familles royales pour raconter l’histoire et les coulisses des têtes couronnées. Un nouvel épisode chaque samedi est disponible sur le site et l’application BFM et sur toutes les plateformes d’écoute: Apple podcasts, Amazon Music, Deezer ou Spotify.
