On ne soulignera jamais assez l’importance du temps accordé à l’échange approfondi – surtout lorsque celui-ci s’affranchit des impératifs promotionnels, donnant ainsi la priorité aux mots plutôt qu’aux dates ou aux statistiques. Les formats longs offrent à l’invité comme à l’auditeur l’opportunité de se découvrir mutuellement, de laisser la conversation s’épanouir, et même – privilège ultime – de permettre au silence de s’installer et d’apporter sa profondeur.
La série « Les Grands Entretiens » sur France Musique, régulièrement orchestrée par Judith Chaine, propose de véritables immersions dans la carrière et l’intimité d’un artiste. Cette édition, animée par Gabrielle Oliveira Guyon qui reçoit le clarinettiste et compositeur Yom chez lui, offre un moment rare d’écoute, réparti sur cinq épisodes où l’on découvre sa voix, son rire ainsi que sa générosité. On a également le plaisir de l’entendre jouer. Il faut dire que la sérénité de son domicile, situé au bout d’un chemin rural dans le Perche, crée un climat idéal pour les confidences.
Yom, un nom qui signifie « jour » en hébreu, se remémore : « À la maison, France Musique était toujours allumée. » C’est en écoutant un enregistrement de Pierre et le loup qu’il « a eu le déclic » pour la clarinette (incarnée par le chat dans l’œuvre de Prokofiev) : « J’ai supplié mes parents de m’en offrir une. » Né en 1980 de parents psychiatre et psychanalyste, il n’a que 6 ans lorsqu’il découvre Giora Feidman, clarinettiste israélo-argentin : « J’éprouve un bonheur total en l’écoutant », confie Yom, qui aura la chance de jouer avec lui en 2009.
Klezmer, jazz et musique sacrée
À 17 ans, Pierre Wekstein propose à Yom d’intégrer le groupe de klezmer Orient Express Moving Shnorers. En 2004, il sort son premier album, The Golem on the Moon (Buda Musique), aux côtés de Denis Cuniot, figure majeure du renouveau du klezmer en France. La pochette de ce disque a été réalisée par Joann Sfar.
Rapidement, toutefois, cet artiste insaisissable déroute les disquaires : dans quel rayon le placer ? Klezmer ? Musique du monde ? « Les labels jazz sont ceux qui accueillent le plus volontiers les inclassables comme moi », explique-t-il aujourd’hui. D’autant plus qu’il partage « la révélation de [s]a vie » (épisode 3) après avoir rencontré le virtuose chinois de la guimbarde Wang Li au musée du Quai Branly. Ensemble, ils enregistreront plusieurs titres. Dès ses débuts, Yom souhaite collaborer avec d’autres musiciens : le violoncelliste Farid D ou, par exemple, le percussionniste iranien Bijan Chemirani.
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