Anat Even, réalisatrice de « Collapse. Face à Gaza » : « Comment le kibboutz Nir Oz, qui avait contenu tant de vie, était devenu un tel espace de mort ? »

par ludovic


Anat Even, artiste, vidéaste et réalisatrice, est née en 1958 à Eilat, en Israël, d’une mère palestinienne et d’un père algérien, au sein d’une famille ouvrière. Militante dans une organisation de jeunesse sioniste-socialiste, elle quitte son foyer à 16 ans pour s’installer durant plusieurs années au fameux kibboutz Nir Oz, tristement connu pour avoir été l’une des cibles de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Après avoir étudié à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), elle retourne en Israël et entame une carrière indépendante marquée depuis plus de trente ans par une critique aiguisée de la politique israélienne. Collapse marque son retour sur les terres de son adolescence, là où elle a perdu des proches. Ce documentaire propose une réflexion personnelle et politique empreinte de deuil, de rage et d’une profonde mélancolie.

Quelle a été la genèse de ce film ?

Bien que je sois partie du kibboutz [Nir Oz] il y a de longues années, j’ai toujours conservé des liens très forts avec ce lieu et j’y revenais fréquemment. Lorsque je m’y suis rendue après le 7 octobre, j’ai été frappée par un sentiment d’absurdité totale. Le contraste entre les paysages ruraux, la présence des militaires, les lieux désormais déserts, le massacre récent, et au loin Gaza sous les bombardements, tout cela paraissait à la fois tragique et irréel, impossible à appréhender. Comment un espace jadis si vivant avait-il pu devenir un théâtre de mort ? Il m’était indispensable de rester sur place pour observer, tenter de saisir le sens de ce qui venait de se produire.

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