Cannes 2026 : « Fjord », des parents pris dans une affaire kafkaïenne

par ludovic


SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION

Cristian Mungiu, l’un des habitués du Festival de Cannes, a fait une entrée remarquée en peignoir lors de cette édition, marquant sa présence à mi-chemin dans la compétition. Son retour est pleinement justifié, contrairement à certains autres – mais n’insistons pas, inutile de nommer. Mungiu est un représentant majeur du renouveau du cinéma roumain, célèbre pour sa richesse et son inventivité. Dès 2007, il s’impose avec son deuxième long-métrage, 4 mois, 3 semaines, 12 jours, couronné instantanément de la Palme d’or. Il enchaîne ensuite avec Au-delà des Collines en 2012, Baccalauréat en 2016, puis RMN en 2022. Son palmarès, aussi fourni que l’uniforme d’un général soviétique couvert de décorations, s’explique aisément : inspiré par des faits divers, son cinéma aborde avec force et finesse les questions sociales, tout en restant profondément ancré dans la fiction. Avec un style classique et un regard profondément humaniste, son œuvre, plébiscitée par le public, rappelle par bien des aspects l’« école de l’inquiétude morale » du cinéma polonais des années 1970, portée notamment par Krzystof Kieslowski.

Cette analogie n’est pas fortuite. Nombre de réalisateurs issus de l’ancien bloc soviétique ont quitté cet environnement oppressant avec une sensibilité aiguë aux enjeux de justice et de liberté intellectuelle. Fjord, la nouvelle création de Mungiu, illustre à nouveau – et de manière éclatante – cette tendance. S’inspirant de faits récents, le film se présente comme une analyse exemplaire du clivage croissant entre progressisme et conservatisme au sein de nos sociétés. L’intrigue suit la famille Gheorghiu, Roumains évangéliques animés par une foi profonde, qui s’installent dans une petite localité norvégienne, au bord d’un fjord.

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