CRITIQUE – Une entité, qui ne se manifeste que par des sons, bouleverse la vie de trois adolescents du Doubs. Mieux vaut être sourd que de voir ça.
Alors que Spider-Man, L’Odyssée ou De la Comédie-Française continuent à attirer les foules dans les salles cet été, il faut un certain courage et une bonne dose de foi pour aligner de nouveaux films à l’affiche dans cet été de blockbusters. Les producteurs et distributeurs de Kyma, l’onde mystérieuse n’en manquent pas, à plusieurs titres, avec cette rare sortie cette semaine. Du courage, car il s’agit du premier long d’un jeune réalisateur français, Romain Daudet-Jahan, qui a signé jusque-là des courts et moyens-métrages. De la foi, car le scénario, cosigné par Émilie Dubois (productrice de Chien de la casse), entend renouveler le fantastique, un genre dans lequel la France s’est longtemps – et parfois brillamment – illustrée avant de céder les armes devant les grosses machines hollywoodiennes.
L’idée, qui cadre bien avec un budget serré, est de confronter trois adolescents paumés du Doubs à une créature d’autant plus perdue qu’elle est invisible. L’entité, qui a trouvé refuge dans une armoire métallique rouillée, ne se manifeste que par les sons qu’elle émet, du ronronnement du chaton gratouillé aux vocalises gutturales d’un alien à la Ridley Scott. Voici une bonne base pour un exercice de style. Le souci, qui se fait sentir dès les premières minutes, est qu’autour d’un personnage qui ne dit rien et ne peut être vu, il faut avoir des choses à raconter une heure et demie durant pour faire du cinéma. Or on se désintéresse bien vite de ces personnages, qui en rappellent tant d’autres dans leurs archétypes et ne se développent jamais que dans des clichés.
Le découvreur de l’entité est Tony (Jules Lefebvre), ado abandonné par des parents trop occupés et eux-mêmes séparés. Il console sa solitude et soigne sa timidité dans le sauvetage de chats sauvages avant de s’improviser xénobiologiste. Dans cet univers où il faut tendre l’oreille pour « voir » la créature, Lucy Loste Berset joue la bruyante Zoé. Sourde, mais malheureusement pas muette, elle collectionne les répliques téléphonées qui sonnent aussi creux qu’elles sont outrancières. Premier fait d’armes de cette Élise Lucet version TikTok : avoir dénoncé son « proviseur, un catho tradi avec un balai dans le cul. Une poutre même ! Sauf que le mec, il kène la cantinière en scred ». Quant à Ousmane (Mamadou Haïdara), « la caillera de banlieue », dixit Zoé, il cherche sa place dans la société – dans le trio et même dans le scénario – en s’occupant d’un poulain lors d’un stage d’insertion en centre équestre. Tous sont poursuivis par des méchants habillés de noir comme il se doit et aux motivations encore plus sombres. Bien maigre mystère.
Lauréat de l’appel à projet de Parasomnia Productions, structure montée par Sony Pictures France et Moana Productions, Romain Daudet-Jahan paraît bien submergé par toutes les références qu’il convoque. On cherche, et on voudrait y trouver, l’émotion d’un E. T., l’humour d’un Alf, le frisson de Thing, la poésie de La Créature de l’eau, le baroque d’un Stranger Things, comme autant de leçons bien apprises. De l’ambition à la réalisation, le contraste est cependant flagrant. On y pense encore en écoutant la musique de Grégoire Letouvet et ses accents Sunset Bld, plaqués sur de beaux mais modestes paysages de Franche-Comté. Kyma est une créature bien trop fragile pour porter en elle tous ces échos. Dommage, elle avait sûrement des choses à raconter.
Kyma, l’onde mystérieuse, de Romain Daudet-Jahan, avec Jules Lefebvre, Lucy Loste Berset, Mamadou Haïdara. 1 h 29.
