En raison du conflit en cours au Moyen-Orient, l’indice des prix à la consommation a progressé de 2,2 % en avril. Cette hausse de l’inflation, qui sert de référence au calcul du rendement du Livret A, pourrait entraîner une augmentation de son taux à 1,8 % en août si l’on applique le mode de calcul habituel.
Une telle évolution serait favorable pour les détenteurs de Livret A, mais beaucoup moins pour les bailleurs sociaux. Avec une inflation de nouveau supérieure à 2 % en avril (2,2 % sur douze mois), stimulée par la flambée des tarifs de l’énergie liée à la situation au Moyen-Orient, la logique voudrait que le taux du Livret A, actuellement à 1,5 %, soit revu à la hausse en août, potentiellement autour de 1,8 %.
Ce placement, détenu par 58 millions de Français, voit son taux ajusté à deux reprises chaque année, en février et en août. Le calcul du taux repose sur la moyenne entre l’inflation hors tabac et le taux €STR (le taux à court terme de la zone euro) observée au cours des six derniers mois.
Une hausse à 1,8 % jugée la plus vraisemblable
L’inflation a continué d’augmenter depuis le début de l’année : hors tabac, elle atteignait 0,25 % en janvier, 0,88 % en février, 1,67 % en mars et 2,15 % en avril. Pour mai et juin, Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, évoque trois scénarios : un maintien du taux à 2,15 % sur les deux mois, une progression à 2,5 %, ou une inflation passant à 2,5 % en mai puis à 3 % en juin. Selon ces hypothèses, la moyenne de l’inflation hors tabac sur le premier semestre s’établirait donc à 1,54 %, 1,66 % ou 1,74 %.
En ce qui concerne le taux €STR, celui-ci pourrait être revu à la hausse en juin si la BCE relève son taux de dépôt pour contenir l’inflation. Selon la décision de la banque centrale, le taux €STR devrait se situer à 1,931 % (niveau actuel), 1,951 % ou 1,971 %, d’après les projections d’Éric Dor.
En croisant ces différentes prévisions, l’économiste estime qu’en appliquant la formule traditionnelle, le taux du Livret A devrait probablement atteindre 1,8 % en août. Cependant, un taux de 1,7 % (si l’inflation et le taux €STR restent stables en mai et juin) ou de 1,9 % (avec une inflation à 2,5 % et 3 % en mai et juin et un taux €STR entre 2 et 2,5 %) ne sont pas totalement à écarter.
Le gouvernement va-t-il choisir de s’écarter de la formule ?
Ceci concerne la théorie. Dans la réalité, la situation pourrait différer. Il convient de rappeler que la Banque de France soumettra en juillet une recommandation au gouvernement concernant le futur taux du Livret A. Elle peut s’affranchir de la formule de calcul si elle estime que des « circonstances exceptionnelles » justifient une dérogation, précise Éric Dor. Le gouvernement n’est pas non plus obligé de suivre l’avis de la Banque de France.
« Il existe plusieurs possibilités de dérogation, dont la probabilité varie. Les autorités pourraient choisir de conserver le taux du Livret A et du LDDS (Livret de développement durable et solidaire, dont le taux est identique à celui du Livret A, NDLR) inchangé, en estimant que la crise n’est que passagère et que l’inflation reviendra rapidement à la normale. Cette option semble toutefois très improbable », analyse Éric Dor.
Selon lui, il est plus vraisemblable que « les autorités cherchent à renforcer la protection du rendement réel de l’épargne face à une inflation persistante, et optent pour un taux du Livret A et du LDDS supérieur à celui issu de la formule, par exemple en arrondissant à 2 % ».
Si l’inflation demeure supérieure à 2 % en août, comme en avril, le rendement réel du Livret A restera négatif, quelle que soit la décision. Pour le Livret d’Épargne Populaire (LEP), l’application de la formule traditionnelle donnerait un taux de 2,3 %. Mais le gouvernement a déjà pris la décision de ne pas l’appliquer en début d’année, maintenant le taux à 2,5 %. Ce niveau pourrait être conservé pour continuer à protéger les épargnants les plus modestes.
