Témoignages. Manger au restaurant « sans entrée ni dessert » : face à la hausse des prix, les Français font des choix

par ludovic



Récemment, le restaurant du Français Hugo Hivernat, basé à New York, a fait polémique après avoir proposé un demi-poulet rôti à 40 dollars (soit 34 euros) sur sa carte. Ce prix élevé met en exergue le coût désormais prohibitif de manger au restaurant dans l’une des villes les plus onéreuses des États-Unis.

D’après un rapport diffusé en février, les tarifs des menus à New York ont grimpé de 43,6 % entre 2013 et 2023 (contre 42,8 % en moyenne à l’échelle nationale). Ce phénomène ne se limite pas à la métropole américaine. En France, les consommateurs reconnaissent également diminuer leurs sorties au restaurant, affectés par l’augmentation des prix et une conjoncture économique difficile.

Les budgets consacrés aux loisirs, notamment les repas à l’extérieur, sont souvent les premiers à être réduits. « C’est principalement notre pouvoir d’achat qui a reculé », observe Étienne, 69 ans, originaire des Vosges. « Les gens se voient contraints de restreindre les dépenses non essentielles. » Françoise, 72 ans, résidant en Haute-Savoie, avait pour habitude d’aller au restaurant cinq ou six fois par an.

« Depuis quelques années, dîner au restaurant est devenu un luxe réservé : les prix sont souvent disproportionnés par rapport à la qualité du repas, sans compter le coût des boissons qui a explosé. Je privilégie désormais une bonne brasserie ou un établissement réputé, une ou deux fois par an, juste pour me faire plaisir. Je n’ai pas envie de payer dans un restaurant pour manger ce que je peux préparer chez moi à moindre prix », explique cette retraitée. Catherine, 61 ans, des Vosges, a pour sa part complètement abandonné les restaurants : « Ce petit plaisir n’a plus sa place dans mon budget actuel. »

Opter pour des alternatives avantageuses

Face à cette réalité, certains adoptent de nouvelles astuces pour ne pas voir l’addition s’envoler. Michèle, 72 ans, de Bellegarde-en-Forez (Loire), ajuste sa commande : « Les menus deviennent de plus en plus onéreux, il faut compter un minimum de 40 euros pour avoir quelque chose de convenable. Du coup, il nous arrive souvent de choisir à la carte, sans entrée ni dessert. »

D’autres misent sur des formules attractives. « Je privilégie les menus avantageux et les restaurants qui proposent des cartes de fidélité », confie Isabelle, 49 ans, d’Épinal (Vosges). « Je n’y vais que rarement et, quand c’est le cas, je préfère y déjeuner le midi afin de profiter d’une formule », ajoute Catherine, 77 ans, également d’Épinal.

Philippe, 67 ans, de Besançon (Doubs), a lui aussi modifié ses habitudes : « Autrefois, c’était chaque semaine : apéritif, repas, vin, café, digestif. Désormais, c’est tous les trois mois : repas, café et une carafe d’eau. » De nombreux lecteurs dénoncent l’impact des boissons sur la note finale. « La bouteille de vin coûte souvent quatre fois plus cher qu’en grande surface », s’indigne Roland-Emile, 77 ans, du Grand-Bornand (Haute-Savoie). « Les apéritifs, vins et digestifs sont devenus inabordables », renchérit Philippe.

Moins souvent, mais de meilleure qualité

Cependant, pour certains, le niveau des prix n’est pas à la hauteur des attentes. « Franchement, je pense que les prix ont atteint un seuil injustifiable », estime Sofiane. « Entre la hausse des menus et celle des boissons, la facture devient rapidement salée, et on repart plus frustré que satisfait. J’ai donc complètement changé mes habitudes : je préfère cuisiner chez moi. » Thierry, 77 ans, de Mulhouse (Haut-Rhin), partage cet avis : « Un menu complet de qualité (entrée, plat, dessert) coûte aujourd’hui au moins 50 euros par personne. À ce prix, les sorties se font rares. On voit aussi disparaître de bons restaurants, remplacés par des adresses médiocres. »

D’autres tiennent à faire du restaurant un moment exceptionnel. Claude, 68 ans, en Moselle, réserve ces repas à l’extérieur pour des retrouvailles avec ses proches. « Je ne vais pas au restaurant pour manger simplement, et encore moins seul. Pour moi, cela doit rester un moment de plaisir et de partage avec mes amis, même si je surveille les prix afin de ne pas bouleverser mes habitudes », explique-t-il, tout en continuant à sortir trois fois par mois.

En Haute-Saône, Marjorie, 51 ans, va encore plus loin : « Je privilégie les restaurants gastronomiques, pour l’expérience unique qu’ils offrent : découvrir de nouvelles saveurs, déguster des plats d’exception. Chez moi, je cuisine au quotidien. Quand je choisis d’aller au restaurant, il faut que ce soit vraiment une expérience à part », assume-t-elle. Christian, 69 ans, en Moselle, partage la même vision : « Se rendre au restaurant, c’est avant tout une aventure culinaire, un moment unique, avec des mets raffinés et une belle présentation. Pour se nourrir, rien ne vaut le fait maison. »

En Saône-et-Loire, Mickaël, 40 ans, souhaite malgré tout continuer à soutenir les professionnels dans la mesure de ses moyens : « Les restaurateurs subissent autant la pression des charges que celle du coût de l’énergie ou des matières premières… Mais il est important de continuer à fréquenter leurs établissements. »



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