La France avait été bouleversée par la scène où son compagnon s’était mis à danser devant le cercueil d’Agnès Lassalle lors de ses obsèques en mars 2023 sur une chanson de Nat King Cole. Trois ans après ce tragique événement, le procès concernant le meurtre d’Agnès Lassalle, professeure d’espagnol tuée par un élève, s’ouvre ce mardi devant la cour d’assises des mineurs à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Le jeune homme, âgé de 19 ans aujourd’hui, comparaît à huis clos jusqu’à jeudi pour des faits d’assassinat.
Le mercredi 22 février 2023, peu avant 10 heures, Agnès Lassalle enseignait dans une classe du lycée privé catholique Saint-Thomas-d’Aquin de Saint-Jean-de-Luz quand un de ses élèves s’est levé pour verrouiller la porte de la salle. L’adolescent cachait un couteau de cuisine de 18 cm enveloppé dans du papier absorbant. Âgé de 16 ans à l’époque, il s’est alors approché de son enseignante pour la frapper en plein thorax d’un coup décrit comme « sec, rapide et fluide » par plusieurs témoins. Malgré la rapidité de l’intervention des secours, la professeure de 52 ans n’a pas pu être sauvée.
« La reconnaissance d’un acte odieux »
À l’approche du procès, le compagnon d’Agnès Lassalle a fait part de ses sentiments « serein et impatient », lundi au micro de France Inter. « Impatient parce que trois ans, c’est long, trois ans sans pouvoir avancer, trois ans à devoir composer… Et serein, parce que j’ai une entière confiance dans la justice et ceux qui en sont responsables », a expliqué Stéphane Voirin. Il confie qu’il « essaie de continuer à vivre » et poursuit la danse, pour eux deux.
« Ce que j’attends de ce procès, c’est de pouvoir exprimer les choses, c’est une forme de libération », confie celui qui a partagé treize années de vie avec la professeure d’espagnol. Stéphane Voirin souhaite « que soit reconnue la gravité de cet acte atroce, et que la souffrance soit prise en compte pour enfin pouvoir aller de l’avant ». Il déplore n’avoir jamais reçu de mot de la part de l’accusé ni de sa famille. « Le pardon n’est pas ce dont il s’agit ici. Ce procès a pour but de rendre une véritable justice », déclarait-il lors du JT de 20 heures sur France 2, dimanche. Il porte un tee-shirt noir affichant le visage d’Agnès Lassalle. À peine six jours avant le drame, le couple avait pris la décision de se marier.
« Une petite voix qui lui parle »
L’accusé risque une peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle. Lors des faits, il avait évoqué l’influence d’une petite voix intérieure, qu’il décrivait comme égoïste, manipulatrice et centrée sur elle-même, le poussant à commettre le mal, selon le procureur de Bayonne Jérôme Bourrier. Plusieurs expertises psychiatriques ont ensuite été réalisées pour évaluer sa responsabilité pénale. D’après Ici Pays basque, la première expertise a conclu à sa responsabilité, la deuxième a relevé une « légère altération du discernement », et la troisième a parlé d’« abolition du discernement » en raison « d’un trouble anxieux sévère, d’antécédents suicidaires et d’un épisode psychotique avéré ».
Enseignante d’espagnol depuis plus de deux décennies au sein de l’établissement basque, Agnès Lassalle était, selon le procureur de Bayonne, une figure « investie et unanimement appréciée » tant par ses élèves que ses collègues. Son assassinat a laissé une profonde trace dans la communauté éducative et provoqué une vive émotion dans tout le pays. Il s’agissait du premier assassinat d’un enseignant en poste depuis celui de Samuel Paty, survenu un peu plus de deux ans auparavant, en 2020.
