Après les engagements, l’heure est à l’action. Le retentissant scandale des agressions sexuelles dans le périscolaire parisien s’est imposé comme un thème central durant les municipales à Paris. Désormais à la tête de la capitale, Emmanuel Grégoire s’attelle à combattre ce problème, en lançant lundi 18 mai une convention citoyenne dédiée à la protection et aux rythmes de l’enfant à l’école.
La gravité des actes constatés n’a pas d’équivalent et révèle, selon l’édile, « un risque systémique, voire une omerta systémique », lors de son entretien du 3 avril accordé à Le Monde. Depuis début 2026, 78 agents ont été écartés de leur poste dans les maternelles et primaires parisiennes, dont 31 pour des soupçons de violences sexuelles sur mineurs.
Le 5 mai a vu se tenir un premier procès : une peine de 18 mois de prison avec sursis a été requise contre un animateur de 47 ans, poursuivi pour harcèlement sexuel envers neuf fillettes et agression sexuelle sur trois d’entre elles. Le jugement sera prononcé le 16 juin. Un autre animateur, dans la vingtaine, a également été mis en examen pour « gestes de nature sexuelle » envers trois enfants et a été placé en détention provisoire fin avril, a précisé le parquet de Paris le 12 mai.
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Pour répondre à cette situation, Emmanuel Grégoire a élevé la question du périscolaire au rang de « priorité absolue » de son mandat. Le 14 avril, le Conseil de Paris a validé un plan d’action doté de 20 millions d’euros. Parmi les mesures, la simplification du processus de signalement avec une cellule d’écoute accessible directement et l’engagement d’une « transparence totale » envers les familles, à qui seront remis « systématiquement » les résultats des enquêtes administratives.
La municipalité promet également d’investir « massivement » dans la formation, avec la création d’une « école du périscolaire » destinée à professionnaliser un secteur de l’animation particulièrement précaire. Par ailleurs, le réaménagement d’espaces jugés « sensibles », comme les sanitaires, est prévu afin d’éviter qu’un adulte se retrouve isolé avec un enfant.
Une convention citoyenne superflue ?
La convention citoyenne sur la protection et les temps de l’enfant à l’école rassemblera dès lundi 80 parents parisiens, invités à répondre à cette problématique : comment organiser les temps scolaires afin de permettre à tous les enfants d’apprendre et de s’épanouir ?
« Nous restons vigilants quant à la méthode et aux objectifs de cette convention, qui semble davantage axée sur les rythmes scolaires que sur la lutte contre les violences faites aux enfants », estime Florence Gatineau, de la FCPE 75, auprès de France 24. « On a le sentiment que la Ville de Paris a précipité la mise en place de cette convention, ce qui n’a pas permis d’en saisir pleinement la portée, alors même qu’elle aurait pu capitaliser sur la convention citoyenne du CESE [Conseil économique, social et environnemental, NDLR], déjà très avancée sur ces questions. »
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Initié au printemps 2025 par Emmanuel Macron, le travail de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a réuni 133 citoyennes et citoyens, dont les recommandations ont été remises le 23 novembre. Ce rapport final préconise, entre autres, l’instauration de cinq journées scolaires complètes par semaine, la concentration des enseignements théoriques le matin et des activités plus pratiques l’après-midi, ainsi qu’un allégement des apprentissages et devoirs à la maison, sans réduire la durée des vacances scolaires.
Cependant, depuis quelques semaines, la perspective d’un retour à la semaine de quatre jours à Paris se fait entendre. Bien qu’il ait axé sa campagne sur le maintien des 4,5 jours d’école par semaine, Emmanuel Grégoire n’exclut pas un retour aux quatre jours. « Je n’ai aucun tabou et la première mission de cette convention sera de déterminer l’organisation de la semaine et de la journée scolaire », a-t-il affirmé au Monde le 3 avril.
Un retour à la semaine de quatre jours ?
Si le maire de Paris se montre ouvert à ce changement, c’est parce que la gestion du temps scolaire et la question des violences dans le périscolaire sont étroitement liées.
Depuis la réforme des rythmes scolaires de 2012, introduite au début du mandat de François Hollande, les élèves parisiens suivent les cours de 8h30 à 16h30 les lundis et jeudis, de 8h30 à 15h les mardis et vendredis, et de 8h30 à 11h30 les mercredis. Les temps d’activités périscolaires (TAP) prennent la suite de 15h à 16h30 les mardis et vendredis, offrant aux enfants l’occasion de découvrir diverses activités culturelles, scientifiques ou sportives. Ces périodes sont principalement encadrées par les animateurs périscolaires, qui gèrent également les temps de déjeuner entre 11h30 et 13h30, l’étude du soir de 16h30 à 18h, et l’accueil de loisirs le mercredi après-midi.
Cette organisation, associée à des salaires allant de 600 à 1 800 euros nets, rend le métier d’animateur peu attractif. À ce jour, sur les 12 000 animateurs employés à Paris, 8 500 sont vacataires et le turnover annuel atteint 3 000, d’après Le Figaro. Le passage à une semaine de quatre jours, confiant la journée du mercredi aux animateurs, permettrait d’offrir des horaires moins morcelés et d’attirer des profils plus qualifiés, tandis que la suppression des TAP générerait d’importantes économies pour la collectivité.
« Nous ne pouvons pas cautionner cette orientation alors que les recommandations de la convention citoyenne du CESE valident la semaine de 4,5 jours. Bien entendu, il faut remédier à la précarité des animateurs, mais cela ne doit pas se faire au détriment des enfants. La vraie question reste : place-t-on réellement l’intérêt des enfants au centre du débat ? Et quels moyens financiers la Ville souhaite-t-elle y consacrer ? », s’interroge Florence Gatineau, de la FCPE 75, qui rappelle que « les mesures pour endiguer les violences sont connues » et presse le maire de Paris d’agir « par des mesures concrètes ».
Sollicitée par France 24, l’équipe d’Emmanuel Grégoire n’a pas donné suite à nos questions. Le maire doit s’exprimer publiquement lundi, à l’occasion du lancement de sa convention citoyenne.
