Témoignage. « Une manière de le faire perdurer » : ils ont donné à leur fille le nom de famille de sa mère

par ludovic



Gaspard et Mathilde, trentenaires et jeunes parents, ont fait un choix peu commun lors de la naissance de leur petite Mona, en mars dernier : ne lui attribuer comme nom de famille que celui de sa mère. Une décision qui détonne en France et qui place Mona parmi les 7 % de bébés (seulement !) portant uniquement le nom de leur maman, selon une étude de l’Insee parue mi-juillet. Le choix de Gaspard et Mathilde est d’autant plus singulier pour un couple hétérosexuel que la majorité des bébés ne recevant qu’un matronyme n’ont été reconnus que par leur mère ou sont nés d’un couple de femmes. En effet, chez les bébés reconnus par leur père et leur mère, seuls 0,9 % portent uniquement le nom de leur mère.

La démarche est plutôt venue de Gaspard, nous explique le couple. « Mon nom de famille est Nicolas et, depuis toujours, on a cru que mon prénom était Nicolas. Pour Mona, il n’y a pas trop de confusions possibles. Mais je me suis dit que si on a un garçon un jour, je ne veux pas qu’il vive la même chose, car c’est fatigant », relate le jeune papa. Alors, Gaspard et Mathilde se sont demandé s’ils ne devaient pas donner leurs deux noms à leur bébé. « Je trouvais que c’était trop long », nous explique le père.

Mathilde aurait pourtant bien aimé que sa fille porte le patronyme de son conjoint, ou leurs deux noms accolés. « On est mariés, mais j’ai gardé mon nom. Donc j’avais l’impression que rien ne nous reliait, administrativement parlant, et que c’était plus mon enfant que le sien. Et qu’en gros, il pouvait se barrer un peu quand il voulait (rires) », explique la maman. « J’avais envie que l’enfant soit un peu à lui aussi. » La trentenaire reconnaît toutefois que transmettre son nom à Mona est « une manière de le faire perdurer ». « Je n’ai qu’un frère qui n’est pas sûr d’avoir des enfants un jour. Tandis que Gaspard a des frères qui ont des enfants, et ses neveux portent déjà le nom “Nicolas” », détaille-t-elle.

« Mon père m’a fait la morale, m’a dit qu’on ne changeait pas les traditions »

Amis, collègues, famille… Le choix de Gaspard et de Mathilde n’a choqué personne et était globalement un non-sujet. « En fait, tout le monde s’en fiche un peu », résume le papa. Ou presque. « La dernière personne à qui je devais l’annoncer était mon père. Il m’a fait la morale, il a dit que j’avais honte de mon nom, qu’on ne changeait pas les traditions, les choses qui sont comme ça depuis des siècles », déplore Gaspard. « C’était aussi difficile à accepter car son nom n’était pas donné. »

La « tradition » invoquée par le père de Gaspard et par de nombreuses autres personnes reste pourtant très ancrée en France, plus de 20 ans après la loi permettant de donner à son enfant les noms des deux parents ou juste celui de la mère. Parmi les 644 000 bébés nés en 2025, une écrasante majorité (78 %) ont en effet reçu uniquement le nom de leur père, et 15 % celui de leurs deux parents.

Pour Jessica, un hommage à son papa

Faire perdurer le nom de la mère plutôt que de le voir disparaître, comme c’est la plupart du temps le cas, c’est aussi le choix qu’ont fait Jessica et son conjoint. « Le choix du nom de famille de notre fille allait bien au-delà d’une simple formalité », assure la Mosellane. « J’ai choisi de lui transmettre mon nom en hommage à mon papa, qui nous a quittés. Mon conjoint a compris l’importance que cela avait pour moi : c’est une belle preuve d’amour, de respect et de confiance. »



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