Autrefois, dîner en tête-à-tête au restaurant représentait une joie simple et accessible, parfois même une routine pour de nombreux couples. Aujourd’hui, cela demande réflexion et calcul. « Il y a cinq ans, un repas à deux coûtait 60 euros. Maintenant, il faut prévoir entre 100 et 120 euros en incluant boissons et desserts, c’est devenu inabordable », partage Martine, 71 ans, dans le Doubs. Georges, 68 ans, installé à Besançon, fait le même constat : « Les menus à 16 euros sont désormais à 19 euros, sans compter vins ni cafés. Pour un couple, l’addition atteint rapidement 50 à 60 euros. » Conséquence directe : « Au lieu de sortir deux fois par mois, on se limite souvent à une seule sortie. Pendant les vacances, on n’y pense même plus. »
Jean-Pierre, 68 ans, habitant Montrond-le-Château (Doubs), partage ce sentiment : « Il y a quelque temps, moins de 50 euros suffisaient pour passer un bon moment à deux. Aujourd’hui, pour le même menu, il faut compter 60 euros. » Cette augmentation résulte principalement de la hausse du coût des matières premières et de l’énergie, des charges que les restaurateurs répercutent sur leurs tarifs. En 2025, le prix moyen d’un repas s’établissait à 30,72 euros (contre 28,91 euros en 2024, soit une progression de 6,3 %), selon l’Observatoire Fiducial de la restauration.
Qualité, quantité ou budget ?
Face à la montée des prix, les couples ajustent leurs choix. Franck, 58 ans, d’Aix-les-Bains (Savoie), a pris une décision radicale : « Nous choisissons les buffets à volonté. La qualité n’est pas toujours au rendez-vous, mais pour moins de 20 euros, on profite du repas. À la carte, il faut au minimum 25 euros par personne, et avec un apéritif, la note grimpe à 30 euros. »
D’autres, comme Stéphanie, 49 ans, résidant dans le Doubs, privilégient la cuisine maison. « Quand un simple plat de pâtes avec champignons, crème et jambon de Parme est affiché à 18 euros, je préfère cuisiner moi-même », explique-t-elle. « Et pour un tiramisu vendu 11 euros la part, je préfère en préparer un pour huit personnes à moindre coût. Il y a quelques jours, dans une enseigne italienne d’une zone commerciale, nous avons renoncé au dessert car les prix variaient entre 11 et 13 euros. C’est aberrant. » Même constat pour les boissons : « Il n’y a pas si longtemps, mon petit plaisir était un expresso au comptoir pour 1,20 ou 1,30 euro. Aujourd’hui, il a augmenté de 70 centimes sans explication. »
Réduire la fréquence
Pour Sandra, 32 ans, originaire des Vosges, l’obstacle principal n’est pas seulement le prix, mais aussi le manque de diversité des menus et la baisse de la qualité. « Nous ne sommes pas très portés sur le shopping, mais aller au restaurant était notre plaisir. À présent, le rapport qualité-prix nous déçoit. Beaucoup de cartes se ressemblent désormais. » Ainsi, « pour se faire plaisir, au lieu de sortir, on achète des produits qu’on ne consomme pas habituellement et on cuisine ensemble. Ce n’est pas l’ambiance d’un restaurant, mais cela permet de se régaler sans exploser le budget. » Afin de préserver ce plaisir, certains couples ont revu leurs habitudes : « On sort moins souvent, mais chaque sortie devient une occasion spéciale », confie Sandra. Pour Georges, il s’agit de prioriser : « On a réduit la fréquence, mais pas le plaisir. »
Pour de nombreux couples, partager un repas au restaurant est désormais un privilège que l’on s’accorde avec modération. « Chacun s’adapte à sa manière. Les ménages disposent de moins de pouvoir d’achat, pendant que les restaurateurs voient leurs charges augmenter », explique Sandra. « Même lorsque j’étais étudiante, je trouvais des restaurants abordables », se rappelle Stéphanie. « Aujourd’hui, il faut casser son PEL pour un simple menu du jour. Heureusement, il existe encore quelques adresses précieuses où l’on peut déguster de bons plats à des tarifs honnêtes. » Ces lieux rares font perdurer l’attrait de certaines sorties.
