« Nous avons donné les deux noms à nos enfants. Il n’y a aucune raison d’en donner un plus que l’autre. » Pour Caroline, la “tradition” qui veut qu’un enfant porte uniquement le nom de son père est révolue. D’ailleurs, après leur mariage, elle et son conjoint ont chacun accolé à leur nom celui de l’autre. « L’époque où la femme était sous la tutelle de l’homme est finie », note la Vosgienne de 31 ans, expliquant aussi « qu’en cas de séparation, cela me semble légitime ». Les couples avec la même réflexion que Caroline sont de plus en plus nombreux. D’après une étude de l’Insee parue mi-juillet, la part de bébés ayant reçu les noms de leurs deux parents à la naissance – lorsqu’ils sont reconnus par les deux – est passée de 10,9 % en 2014 à 16 % en 2025.
« Nous avons décidé de mettre les deux noms : celui du papa d’abord, le mien ensuite », indique Priscillia, de Saône-et-Loire. « Cela n’a pas provoqué de tensions, les deux parents ont leur place. » Les trois enfants de Ségolène, 28 ans et habitante de Meurthe-et-Moselle, ont eux aussi les noms de leurs deux parents. « Nous trouvions ça légitime pour éviter de montrer un justificatif d’identité à chaque fois que j’allais récupérer l’un de mes enfants à la crèche ou à l’école », explique-t-elle. Les doubles noms sont plus fréquents quand les parents ne sont pas mariés (21,7 %), sont deux femmes (60 %), lorsque le père est plus jeune que la mère (20,6 %), ou lorsqu’un parent est né dans un pays hispanophone (59,3 %) ou lusophone (51,7 %).
Avec son conjoint, Valérie, habitante du Haut-Rhin âgée de 55 ans, a opté pour donner à son enfant un double nom dès l’entrée en vigueur de la loi le permettant, en 2005. Avant cela, lorsqu’un couple était marié ou lorsque l’enfant était reconnu par son père, seul le nom du père était transmis. « Je n’ai jamais envisagé de ne pas transmettre mon nom de famille à mon enfant. Nous avons opté pour l’association “nom de la mère”, tiret, “nom du père” », explique-t-elle. Précurseuse à son époque, l’Alsacienne assure que cette décision n’a pas donné lieu à « de commentaires particuliers de la part des personnes plus âgées de l’entourage alors que la plupart des hommes de notre âge étaient assez critiques ».
Le père… avant la mère
Toutefois, « il a tout de même fallu corriger tous ceux pour qui c‘était naturel de commencer par le nom du père », raconte Valérie. En effet, seul un quart des bébés nés aujourd’hui avec un double nom ont celui de la mère avant celui du père (ou celui de la femme n’ayant pas accouché dans le cas des couples lesbiens). Des restes, notamment, de la “tradition” qui consistait auparavant à donner automatiquement le nom du père. Mais pas que. « Mes enfants portent les deux noms de famille accolés : le nom du papa en premier et le mien en second par facilité de sons des noms – son nom étant plus court », explique Aurélie, de Dijon.
« Nous avons choisi le nom du père car les deux auraient été trop longs », répond à l’inverse Maeva, du Doubs. Mais nombreux sont les parents à encore privilégier la “tradition” et à attribuer à l’enfant l’unique nom du père, comme Marine, de Meurthe-et-Moselle : « C’était une évidence. Et mettre les deux noms, ça peut vite devenir le cirque », estime-t-elle. Parmi les bébés nés en 2025 en France, l’écrasante majorité (78 %) porte uniquement le nom du père.
