Au Bangladesh, les ouvriers du textile souffrent terriblement de la chaleur

par ludovic


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Reuters

Traduit par

Clémentine Martin

Publié le



20 mai 2026

Le Bangladesh occupe la deuxième place mondiale en tant que fournisseur de vêtements. Actuellement, de nombreuses usines se voient contraintes de couper ventilateurs et systèmes de climatisation à cause des fréquentes coupures de courant, une situation exacerbée par la crise en Iran. Les ouvriers doivent travailler dans une chaleur étouffante, ce qui affecte sérieusement leur productivité – une situation qui pourrait se traduire par des pertes économiques de plusieurs milliards de dollars.

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Alors que le Bangladesh s’apprête à affronter la période la plus chaude de l’année, la capitale Dhaka et son principal centre industriel textile vivent, depuis la fin avril, au rythme d’averses et de températures caniculaires.

Les thermomètres ont affiché jusqu’à 37°C, aggravés par une humidité élevée.

Pour les petits fabricants de vêtements, l’utilisation de générateurs durant les coupures de courant reste trop onéreuse. Par conséquent, ils limitent drastiquement l’emploi des ventilateurs et de la climatisation, explique Zahangir Alam, consultant indépendant spécialisé dans la mode.

« La chaleur est si accablante que de nombreux employés tombent malades. Ils endurent une transpiration excessive, des vertiges, des nausées, des crampes, voire des pertes de connaissance », rapporte Kalpona Akter, directrice exécutive du Bangladesh Center for Worker Solidarity, une organisation défendant les droits des travailleurs.

Le Bangladesh dépend à près de 95% des importations pour son électricité. La crise au Moyen-Orient a provoqué une pénurie énergétique et une flambée du coût des carburants.

« Les perturbations dans l’approvisionnement en énergie rendent difficile le maintien de la production industrielle. Les entreprises luttent pour faire fonctionner la ventilation, les ventilateurs et les systèmes de refroidissement », explique A.K.M. Kamruzzaman, responsable de Matin Spinning Mill à Gazipur, près de Dhaka.

D’après une étude du Bangladesh Institute of Labour Studies publiée en février, 78% des 215 travailleurs du secteur textile interrogés disent ressentir une chaleur estivale plus intense qu’auparavant. Près de la moitié d’entre eux estiment que cette hausse de température affaiblit leur santé et leur capacité à travailler.

En 2024, l’exposition à la chaleur aurait coûté au Bangladesh jusqu’à 29 milliards d’heures de travail potentielles, soit une hausse de 92% par rapport à la moyenne de 1990-1999, selon le rapport The Lancet Countdown 2025 sur la santé et le climat, publié par la revue médicale The Lancet.

Les pertes de revenus liées à cette situation atteindraient 24 milliards de dollars (20,7 milliards d’euros), soit environ 5% du produit intérieur brut du Bangladesh.

D’après une analyse du ILR Global Labor Institute de l’université Cornell datant de 2023, l’incapacité à abaisser la température dans les usines, conjuguée aux inondations liées au changement climatique, pourrait coûter à l’industrie textile 65 milliards de dollars (56,05 milliards d’euros) et menacer près d’un million d’emplois au Bangladesh, au Cambodge, au Pakistan et au Viêt Nam d’ici 2030.

Des responsables syndicaux et des experts du secteur soulignent que la protection des salariés contre les épisodes de chaleur demeure inégale, faute de législation suffisamment rigoureuse pour gérer ces risques en usine.

Cinq des plus grandes enseignes mondiales reconnaissent l’importance de l’adaptation aux aléas climatiques, mais les fonds dédiés à la gestion du stress thermique chez les ouvriers restent rares, selon un rapport de février signé Stand.earth, Oxfam et le Bangladesh Center for Worker Solidarity (BCWS).

Certains ateliers ne fournissent même pas de sels de réhydratation orale ni d’assistance médicale aux employés malades, affirme Manir Sikder, ouvrier à Gazipur, à la Thomson Reuters Foundation.

« La situation est encore plus difficile à la maison, où nous n’avons parfois que quelques heures d’électricité par jour », ajoute Manir Sikder.

Les initiatives pour protéger les travailleurs et les communautés à faibles revenus contre la chaleur progressent lentement.

En 2024, les autorités municipales de Dhaka – Dhaka North City Corporation et Dhaka South City Corporation – ont dévoilé des plans d’action climatique présentant diverses mesures destinées à protéger la population, y compris les salariés, contre les effets de la chaleur. Le dispositif prévoit des alertes précoces, le renforcement du système de santé urbain pour traiter les maladies liées à la chaleur, et l’installation de toitures rafraîchissantes dans les bâtiments et quartiers défavorisés.

Sur le terrain, les avancées restent cependant très limitées, regrette Md. Jubaer Rashid, représentant d’ICLEI au Bangladesh, un réseau mondial de collectivités engagées pour le développement durable, qui a accompagné l’élaboration de ces plans anti-chaleur municipaux.

La Dhaka North City Corporation prévoyait aussi de lancer un plan spécifique contre les vagues de chaleur, impliquant notamment la plantation d’arbres et des campagnes de sensibilisation auprès des habitants à faibles revenus.

Cependant, ce projet a été suspendu à la suite des bouleversements politiques ayant renversé le gouvernement de Sheikh Hasina en 2024, rappelle Bushra Afreen, ex-responsable des vagues de chaleur à la Dhaka North City Corporation.

Un plan national d’adaptation pour la santé couvrant 2026 à 2031 a été adopté par le gouvernement, tandis que la mairie du sud de Dhaka s’est engagée à planter 300 000 arbres dans les cinq prochaines années.

Farzana Misha, professeure associée à la BRAC James P Grant School of Public Health, explique que son équipe collabore avec les autorités pour cartographier les températures à Dhaka et mettre au point un plan d’action sanitaire contre la chaleur, intégrant des interventions ciblées selon les quartiers, telles que la création de zones vertes, l’aménagement d’abris frais et l’envoi d’alertes précoces locales.

Les usines du pays sont tenues de respecter certaines règles concernant la ventilation, l’accès à l’eau potable et les premiers soins. Toutefois, il manque encore des mesures spécifiques contre le stress thermique, comme des pauses obligatoires à partir d’un certain seuil de température, et la reconnaissance de la fatigue thermique comme un risque professionnel, analyse Farzana Misha.

L’élévation des températures représente aussi un défi pour les chaînes d’approvisionnement, mais ce sujet est souvent absent des systèmes de conformité des grandes marques, relèvent des experts en climat.

« Je n’ai jamais observé que l’impact de la chaleur sur les ouvriers soit pris en compte dans les audits des chaînes d’approvisionnement », déplore Apekshita Varshney, fondatrice de l’ONG internationale HeatWatch, dédiée à la sensibilisation aux risques de chaleur.

Pour renforcer la résilience des salariés du textile face à la chaleur, il est essentiel que les usines investissent dans de meilleurs systèmes de refroidissement, garantissent l’accès à de l’eau potable et proposent un accompagnement médical, selon le rapport Stand.earth, Oxfam et BCWS.

Plusieurs grandes marques internationales sollicitées par la Thomson Reuters Foundation n’ont pas répondu concernant les mesures prises pour l’adaptation à la chaleur.

D’après Apekshita Varshney, les budgets de développement durable des firmes privilégient généralement la réduction des émissions de carbone, au détriment de l’adaptation des travailleurs. Les ouvriers des chaînes de production textile n’ont pas encore bénéficié d’investissements dans ce domaine, malgré des promesses faites dans le cadre des engagements climatiques de l’ONU.

« Il est urgent de financer des initiatives pour aider les travailleurs à s’adapter au stress thermique », insiste-t-elle.

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