Stigmatisée mais durable, la fourrure revient en force grâce au vintage

par ludovic


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24 avril 2026

Laura Jacobs était convaincue qu’elle ne porterait jamais de fourrure animale, après avoir assisté à de nombreuses protestations contre son usage dans l’industrie de la mode… Mais sa perspective a changé lorsqu’elle a remarqué la réapparition de la fourrure dans les rues new-yorkaises. Elle a alors retrouvé le manteau de vison hérité de sa grand-mère et l’a confié à un fourreur de Manhattan pour le restaurer et lui donner une seconde vie.

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« Je n’aurais jamais acheté un manteau en fourrure », confie-t-elle à l’AFP, tout en s’examinant devant une glace pour envisager différentes modifications. « Mais aujourd’hui, j’ai l’impression de faire un geste de recyclage. »

Cet hiver new-yorkais, marqué par des températures exceptionnellement basses, a aussi vu les débats s’intensifier autour du retour de la fourrure, désormais mise en avant par certains influenceurs. Des commerçants comme Larry Cowit, propriétaire de Madison Avenue Furs, observent une augmentation des ventes.

« Je reçois des jeunes femmes d’une vingtaine d’années qui viennent directement après la fac pour essayer des vestes en renard », explique-t-il. « C’est une scène qu’on n’avait plus vue depuis longtemps. »

Selon Noelle Sciacca, responsable mode chez The RealReal, l’attrait pour la fourrure a « fortement progressé », les recherches de pièces vintage ayant quasiment triplé entre 2024 et 2025.

Elle explique que la durabilité du produit et sa possibilité de revente « rassurent les consommateurs, qui le considèrent comme à la fois tendance et réfléchi ».

« C’est biodégradable »

Dans le secteur de la mode, la fourrure est en perte de vitesse depuis plusieurs décennies, en grande partie sous la pression des militants pour la protection animale. Les alternatives synthétiques, souvent moins coûteuses, ont gagné du terrain.

De nombreuses grandes maisons ont fait le choix d’abandonner la fourrure naturelle, parmi lesquelles Prada, Michael Kors et Saint Laurent.

L’interdiction de la fourrure à la Fashion Week de New York sera effective en septembre. Plus récemment encore à Milan, des manifestations ont exigé l’abandon total de la matière.

Parallèlement, la Commission européenne examine une initiative citoyenne forte de plusieurs millions de signatures, réclamant l’interdiction de l’élevage d’animaux à fourrure dans l’ensemble de l’UE.

Cependant, le discours s’est complexifié récemment, à mesure que grandissent les préoccupations concernant la fast fashion et les matières issues du pétrole.

« J’imagine toujours tous ces manteaux en fausse fourrure finir par se transformer en mare de plastique. L’idée de réutiliser et de recycler devrait s’étendre aussi à la fourrure vintage », défend Laird Borrelli-Persson, journaliste pour le célèbre magazine Vogue.

Les vêtements en véritable fourrure exigent un entretien attentif. Les peaux renferment des huiles naturelles et, si elles ne sont pas stockées au frais durant l’été, elles risquent de sécher et de se détériorer.

« C’est biodégradable », insiste Larry Cowit.

« Animaux torturés »

Pour Ashley Byrne, de l’organisation de défense animale PETA, acheter du vintage pour des raisons écologiques est « une bonne intention, mais une erreur de jugement ».

Elle estime que porter une fourrure issue d’un animal « qui a été torturé et abattu revient à soutenir des pratiques que la plupart des gens désapprouvent ».

Chez Larry Cowit, la proportion des ventes de fourrures d’occasion par rapport au neuf atteint désormais environ 70 % contre 30 %. Les prix des manteaux vintage varient de 500 à 10 000 dollars, tandis que le vison classique se vend entre 1 500 et 1 800 dollars.

Il attribue la croissance de son entreprise à l’impact des « influenceurs sur les réseaux sociaux, qui ont véritablement changé la donne ».

Ce regain d’intérêt est en partie lié à la tendance « mob wife » (épouse de mafieux), qui combine bijoux voyants, imprimés animaliers et fourrure, phénomène très suivi sur TikTok ces dernières années.

Le compte Instagram de Madison Avenue Furs met d’ailleurs en avant la nièce de Larry Cowit, posant sur le balcon de la boutique avec des manteaux rappelant l’univers de la série « Les Sopranos ».

Dans la boutique, Renee May, styliste venue avec des clientes souhaitant moderniser les manteaux hérités de leurs grands-mères, confie à l’AFP que « beaucoup d’entre elles recommencent à porter leurs fourrures ».

Nicole Bellmier, 36 ans, affectionne ce style « chargé de nostalgie ». Sa cousine Dominique Defonte ajoute : « C’est quelque chose qu’on pourra transmettre à nos enfants ».

Par Maggy Donaldson

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