Vers un réchauffement des relations entre Paris et Alger ? Emmanuel Macron affiche sa volonté de « rétablir un dialogue constructif », accordant « une attention toute particulière » à la situation du journaliste Christophe Gleizes. Ce dernier, condamné à sept ans d’incarcération et détenu depuis près d’un an en Algérie, demeure au centre des préoccupations de l’Élysée, qui l’a confirmé ce vendredi matin.
Dans cette optique, la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, effectue ce vendredi un déplacement en Algérie afin de prendre part aux commémorations des « événements tragiques » du 8 mai 1945 à Sétif, une date marquée par la répression sanglante de rassemblements indépendantistes par l’armée française.
Ce 8 mai, alors que l’Algérie était encore sous domination française, les forces de l’ordre ouvrirent le feu sur des manifestants favorables à l’indépendance. Le bilan des victimes varie entre 2 000 et 30 000 morts suivant les recherches historiques. En 2021, Emmanuel Macron avait fait déposer une gerbe au nom de la République française par l’ambassadeur à Alger.
« Attention prioritaire » à Christophe Gleizes
« Cette initiative traduit la détermination du président de la République à aborder les relations franco-algériennes avec franchise » et « à rétablir un dialogue fructueux », a souligné l’Élysée, dans un contexte où les tensions demeurent fréquentes et où la normalisation des relations peine à se concrétiser.
Pour l’occasion, l’Élysée précise que l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, qui avait été rappelé à Paris en avril 2025 sur fond de nouvelles tensions avec Alger, « accompagnera la ministre déléguée et reprendra l’exercice de ses fonctions » : il accordera « une attention prioritaire au retour en France de notre compatriote, M. Christophe Gleizes », le journaliste emprisonné qui espère bénéficier d’une grâce présidentielle algérienne.
Christophe Gleizes, journaliste spécialisé dans le sport âgé de 37 ans, avait été interpellé en mai 2024 en Kabylie alors qu’il réalisait un reportage. Début décembre, il a écopé en appel d’une peine de sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Ce mardi, il a abandonné son pourvoi en cassation, ce qui pourrait ouvrir la porte à une éventuelle grâce par Abdelmadjid Tebboune, le président algérien.
À son arrivée à la présidence en 2017, Emmanuel Macron avait entrepris de renouer des liens avec l’Algérie, notamment à travers une politique mémorielle. Toutefois, de multiples frictions ont émergé par la suite, et sa stratégie envers Alger est vivement contestée à droite et à l’extrême droite en France, lesquelles prônent une attitude ferme vis-à-vis des autorités algériennes.
« L’honneur de la France »
Vendredi, Alice Rufo « se rendra à Sétif pour commémorer sur place les événements tragiques du 8 mai 1945 », précise la présidence. « Alors que les Français fêtaient leur libération, la répression des manifestations dans les villes de Sétif, Guelma et Kherrata s’est prolongée durant plusieurs semaines, causant plusieurs milliers de morts. C’est une réalité historique qu’il faut regarder en face : c’est la dignité de la France d’assumer son histoire », insiste l’Élysée.
« Le regard lucide que la France porte sur son passé doit aujourd’hui permettre d’instaurer une relation de confiance et d’avenir entre nos deux nations, au bénéfice des peuples français et algérien », affirme également la présidence. La ministre « sera reçue par les autorités algériennes », sans précision sur leur identité, et « échangera sur les étapes à venir du renforcement de notre coopération bilatérale ».
Alice Rufo « exprimera auprès d’eux la reconnaissance du président de la République pour la reprise de la collaboration consulaire, sa volonté de consolider les avancées déjà obtenues et de rétablir un dialogue efficace, respectueux des intérêts nationaux de chaque pays, dans l’intérêt mutuel », indique encore l’Élysée.
