« Juste une illusion » : « A une époque où le nombre d’actes antisémites est particulièrement élevé, c’est bien un foyer ostensiblement juif que ce film fait aimer pendant deux heures »

par ludovic


Le duo de réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache s’est imposé avec des comédies où des groupes désunis finissent toujours par retrouver une forme d’unité, non sans heurts et éclats de rire. À la sortie de Juste une illusion, leur dernier film [sorti en salle le 15 avril], on a le sentiment que cette recette fonctionne encore – cette fois autour d’une famille en crise – même si l’humour cède ici un peu plus de place à la gravité, ce qui n’est pas un défaut mais bien un choix signifiant.

Certains spectateurs parlent d’une « pépite », d’un « bonbon », d’un « délicieux voyage », d’un « antidépresseur puissant », ou encore d’une « merveille » – en somme, d’un film profondément feel-good. Il est vrai que l’on prend plaisir à admirer les décors, à se replonger dans les costumes typiques des années 80, à chantonner les morceaux de la bande originale, à évoquer des souvenirs liés à The Cure, Joy Division ou Toto, et à savourer ces touches de nostalgie. La comédie familiale est charmante, les farces du grand frère sur François Mitterrand et Helmut Kohl prêtent à sourire, tout comme les péripéties autour de la VHS interdite ou les échanges légers entre la mère et le gardien. Pourtant, une fois le générique lancé, il subsiste une émotion plus profonde, qui invite à interroger au-delà de cette première impression joyeuse, peut-être elle-même une illusion.

En y regardant de plus près, le film brosse aussi le portrait de la vie en banlieue dans les années 80, une époque où cohabitaient diverses communautés – Blancs, Noirs, Juifs, Italiens… Cette harmonie collective constitue l’une des grandes forces du récit, qui montre bien que les préoccupations principales de l’époque étaient le chômage et la présence de quelques xénophobes notoires, tel le père de la jeune fille dont le protagoniste est épris. Mais ce racisme, caractéristique d’une France ancienne, se heurtait à une solidarité générale, à une cohésion qui rassurait plus qu’elle n’inquiétait.

Ma génération se souvient de la grande fête de SOS Racisme, place de la Concorde à Paris, en juin 1985, où le groupe Téléphone chantait son rêve « d’un autre monde ». Si le film s’intitule Juste une illusion, c’est pour rappeler que cette période de grâce appartient au passé : aujourd’hui, le « vivre-ensemble » n’est plus qu’une formule, et la gauche qui en était le garant s’en est détournée, tandis que la communauté juive de France a connu ses plus beaux jours.

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