« Michel-Ange, scandale à la chapelle Sixtine », sur Arte : quand le Vatican reculottait les nus du génie de la Renaissance

par ludovic


ARTE – DIMANCHE 24 MAI À 17 H 45 – DOCUMENTAIRE

Comment fallait-il réagir face à cette profusion de postérieurs exposés ? À la toute fin de 1563, un vif débat opposa évêques et théologiens pour déterminer s’il convenait ou non de couvrir à nouveau les figures jugées les plus « indécentes » du Jugement dernier de Michel-Ange (1475-1564). Le rigoureux concile de Trente (1545-1563) consacra une session entière pendant trois semaines à examiner la supposée « dépravation » de cette fresque finale du maître de la Renaissance.

Peinte derrière l’autel principal dans la chapelle Sixtine du Vatican – là où, depuis trois décennies, la voûte exposait déjà les célèbres allégories de La Création d’Adam (1508-1512), ainsi que patriarches, saintes, philosophes et Pères de l’Eglise –, cette représentation spectaculaire de l’Apocalypse et de la résurrection des corps constitue l’ultime testament artistique du fougueux Michelangelo Buonarroti. Convaincu, à 66 ans, qu’il approchait de la fin – bien qu’il vécut encore vingt-trois ans –, il entreprit de peindre un véritable « tourbillon de vie » orchestré autour de la figure du Christ, traduisant sa propre angoisse de la damnation.

Malgré tout, lors de son inauguration en 1541, cette immense fresque de 180 mètres carrés et 400 personnages émerveilla le pape Paul III, qui l’accueillit avec gratitude. Mais Biagio da Cesena (1463-1544), maître des cérémonies du Vatican, s’en offusqua, déplorant qu’il était « extrêmement indécent d’avoir peint dans un lieu si sacré tant de nus exposant aussi impudiquement leurs parties honteuses. Ce n’était pas une œuvre appropriée pour la chapelle du pape, mais bien plutôt pour des bains publics ou des tavernes ». Pendant plus de vingt ans, la polémique enfla : les critiques se firent de plus en plus acerbes, en dépit du soutien sans faille du souverain pontife et, plus tard, de son successeur Jules III.

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