Dans une Bourse de Commerce enveloppée de brouillard, le directeur artistique a livré un vestiaire à l’os, traversé de sensualité, de soufre et de sportswear. Singulier et poétique.
Madonna au défilé Saint Laurent? La rumeur bruisse, depuis la veille, dans les travées de la Fashion Week parisienne qui a commencé officiellement ce mardi. La star est dans la capitale pour rencontrer ses fans, cette semaine, à l’occasion du lancement de son dernier album Confessions II. Plus que la sortie d’un nouveau disque, c’est un véritable come-back que la reine de la pop prépare depuis des mois.
Et quoi de mieux pour un tel retour qu’une semaine de la mode à Paris? Une stratégie qui avait réussi à Céline Dion en 2017 lorsque, après des années d’absence, elle avait électrisé la saison de la haute couture avec ses looks en 2017.
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Mardi, à 18h30, les invités triés sur le volet de Saint Laurent, sont assis calmement au coeur de la Bourse de Commerce, quand Madonna fait son apparition derrière de gigantesques lunettes de soleil, perchée sur des talons de douze et vêtue d’une robe transparente en dentelle rouge. La blonde ambitieuse glisse un mot à l’oreille de Connor Storrie, l’éphèbe de la série Heated Rivalry, puis s’allume une cigarette de concert avec la pop star Charlie XCX. Plus Saint Laurent, tu meurs.
Sur le podium, le cheveu gominé en arrière, le teint pâle, un mannequin surgit dans un énorme nuage de fumée – les fameuses sculptures de brouillard de Fujiko Nakaya, actuellement exposé dans le grand cylindre de béton de Tadao Ando. La mise en scène ténébreuse et poétique fait presque disparaître certaines silhouettes, pour mieux révéler l’épure d’autres.
Après dix ans chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello a envisagé cette collection «comme une forme de nettoyage, explique-t-il en amont de son défilé. Je voulais revenir à l’essence même de la garde-robe de la marque en allégeant la silhouette.» Vestes déstructurées pour plus de fluidité, tee-shirts en satin et veston à même la peau pour la sensualité, pantalons à pinces pour souligner la taille.
Une garde-robe à l’os, portée par une palette chromatique tout aussi retenue: du gris, du beige, des pastels neutres que viennent réveiller trois silhouettes or à la fin. Le designer délaisse les pantalons en cuir et les lavallières, devenus au fil des saisons la signature de son vestiaire masculin. «J’aimais particulièrement l’idée du tee-shirt sous la veste, par exemple. C’est quelque chose qu’Yves Saint Laurent faisait souvent lui-même.»
Alessandro Lucioni
Un vestiaire minimaliste pas dénué de sophistication à l’instar de ces boutons de costumes remplacés par des bijoux, un clin d’œil à Tina Chow. Le créateur raconte qu’un soir où le mannequin et muse des années 1980 ne souhaitaient pas porter ses boucles d’oreilles, elle les avait simplement accrochées à sa veste.
Du sportswear à la sauce Saint Laurent
Entre deux nuages, des derbies en plastique transparent nous sautent aux yeux comme, une fois n’est pas coutume, un genre de veste de survêtement. Un tropisme sportswear, déjà vu à la femme, mais peu exploité à l’homme.
«Yves Saint Laurent a été l’un des premiers à utiliser des vêtements du quotidien pour les rendre plus nobles, comme les cabans ou la marinière, souligne Anthony Vaccarello. À l’époque, le sportswear n’avait pas encore la place qu’il occupe aujourd’hui dans la rue. Je me suis donc demandé comment il l’aurait interprété dans ce contexte.»
Pas question pour autant de céder aux codes les plus évidents du genre (leggings techniques et consorts). Ces coupe-vent souples et modernes, carénés avec des manches amples, déclinés dans des coloris lumineux (orange melon, vert pomme…) associées à des pantalons à pinces taille haute, «un peu à la Jacques Chirac » selon le directeur artistique.
Cette incursion du sportswear dans l’univers ultra-glamour de Vaccarello est aussi étonnante que bienvenue. Mais le naturel revient toujours au galop, d’autant plus pour cette marque que l’on associe plus aux night-clubs qu’aux clubs de sport. Et ce n’est pas Madonna, qui a dansé une partie de la nuit dans la cabine du DJ au Paradis Latin où se tenait l’aftershow, qui dira l’inverse.
Alessandro Lucioni
Alessandro Lucioni
